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On ne bombardera jamais ma voix
On ne bombardera jamais ma voix est un recueil de poèmes écrits depuis le génocide en cours à Gaza. Yahya AL Hamarna y documente les brutalités de la guerre ainsi que les rituels fragiles de la vie quotidienne : étudier, se promener dans le parc, lire de la poésie, préparer du thé, pleurer, survivre. De l’intimité exiguë des tentes de déplacés à la sérénité imaginaire des cours universitaires et des matchs du Réal Madrid, AL Hamarna élabore une poétique de la survie : une poétique qui refuse le désespoir et insiste sur la dignité invincible du peuple palestinien.
Texte intégral
Ce PDF a été mis à jour le 26/05/26 à 14 h 47.
- Préface —
- مذكرات يومية : عندما أنجو
- Journal quotidien : quand je survivrai
- ،وبعد انتظار طويل
عناق - Après une longue attente,
étreinte - هل يرانا أحد؟
- Est-ce que quelqu’un nous voit ?
- قلم
- Crayon
- صوت العصافير
- Le chant des oiseaux
- عملية إنقاذ قيد الإنشاء
- Opération de sauvetage en cours
- تأملتُ
- Contemplation
- طائرة ورقية
- Avion de papier
- في دقيقة واحدة فقط
- En juste une minute
- عيد فلسطين
- La fête en Palestine
- اساتذة فن الأمل
- Les maîtres de l’art de l’espoir
- Postface —
Préface —
« بتعرفي إنو كل هالعمل، مقاومة؟ »
« Tu sais que tout ce travail, c’est de la résistance ? »
Qu’est-ce que la résistance ? j’ai pensé, mais la caméra ne capte rien des pensées ni du visage pixelisé de Yahya, à l’exception, peut-être, de son sourire au moment où il me lance cette phrase en arabe. Ce n’est pas une question, ni même un encouragement. Malgré le décalage horaire et la durée de nos appels entrecoupés de connexions perdues, il ne se lasse pas de relire ses poèmes, et je ne me lasse pas de l’écouter. C’est presque à se demander ce qu’est aussi le travail ; mais le corps s’en souvient trop bien.
Yahya est né à Gaza. Il écrit depuis Gaza. Des mots griffonnés dans un carnet jaune rempli jusqu’aux marges, ou sur des feuilles A4 attachées en paquet de cinq. Des poèmes simples et directs, à répéter pour soi, qui ne s’oublient pas si la maison se brise, si les agrafes manquent et que le papier brûle. Des textes à la mémoire tourmentée, tantôt en prose, tantôt en vers, qui ressuscitent les souvenirs et commémorent les pertes, qui font des fêtes un autre deuil. La poésie de Yahya est un « sauvetage par les mots ». Elle nous amène à Gaza, mais aussi nous en sort ; sort celui qui l’écrit de la souffrance du corps, des bombes et des bûches à couper. Car c’est une torture pour l’esprit qui pense et qui rêve de consacrer l’ensemble de son temps à survivre : trouver une lumière la nuit, se réchauffer quand il fait froid, transporter de l’eau, rationner un repas, dresser une tente, tenter de la rendre habitable, y échouer, esquiver la mort, marcher des kilomètres vers une borne, charger son téléphone, sa radio, ses nombreuses batteries, extirper son énergie du soleil, trouver un signal internet, devenir pour soi école, maison, hôpital. Pourtant, c’est à cette torture physique et mentale — et pire encore — que sont réduits les quotidiens palestiniens sous l’occupation israélienne. Tout ce qui aurait pu être détruit a été détruit — ou presque. La nourriture, tendue comme un appât dans le jeu de qui-mérite-la-vie. « C’est la vie », répond le poème de Yahya. Et son message WhatsApp : j’ai hâte que ma vie reprenne. Il pratique l’art de l’espoir, qui consiste à répéter l’espérance, imaginer une alternative. Avoir une croyance fondamentale : que les rêves se réalisent.
Yahya porte un regard qui décide de créer de la beauté quand tout autour de lui s’écroule. Il tient un journal, mais c’est le journal qui le tient. Il s’accroche à la page qui le rattrape, qui lui offre une « opération de sauvetage en cours », lui ouvre un espace pour le silence et le rêve, qui devient un jardin où il est bon de respirer, une plage pour « regarder la lune sans les missiles ». Et le journal n’est pas intime. Il n’y a rien d’intime dans une tente ; rien d’intime au 21e siècle quand « les médias de masse, la multiplication industrielle des images […] ont déplacé le territoire de la guerreLaurent Gervereau, « La guerre n’est pas faite pour les images », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 2003/4 no 80, 2003. p. 83-88. ». Quotidien, le journal est vivant. Il parle, il dit : « quand je survivrai ». Pas si. Bien que les dates y martèlent le présent, il autorise le poète à vivre dans un temps différé, suspendu ; dans le passé, mais aussi dans l’attente, dans l’anticipation, dans l’espoir que demain implique une main, une étreinte. Il devient l’ami avec qui le poète converse, un document dans lequel
il nomme sa bien-aimée, Gaza, Palestine, sacrifice refusé. Le journal accueille les fantasmes projetés sur la feuille ; ils ont le décor utopique du conte. Le jardin, l’oiseau, la promenade, le repos, la halte, le café, le sucre, le luxe de lire pour la lenteur de lire, la soudaine solitude de contempler, le ciel, le nuage, le soleil, les plantes et les roses, les objets qui nous rendent fiers, les objets qui ont des corps — tous alimentent le rêve. Et le journal garde intacte cette chose fondamentale et fragile : l’envie d’y croire.
Le génocide aurait pu nous désespérer, nous faire vivre un déchirement univoque. Mais la joie, dit le poète, le souvenir de la joie, la trace de la joie, la certitude de l’avoir éprouvée un jour, le mouvement de la joie sur les objets, le fantôme de la joie contre nos joues, cette marque, cette marque profonde de la joie nous fait continuer, transforme le pire des cauchemars en désir pour la vie. Les souvenirs heureux qui aujourd’hui nous brisent sont les mêmes qui font naître l’espoir, et le poète marche avec cette épine plantée dans le pied.
Le problème de la résistance par le poème, c’est qu’on pose souvent la question à partir de notre salon. Et ce salon n’en est pas un, il est une zone de repos, de confort, un espace où la poésie cesse d’être un acte vital. Pour Yahya, une part de la survie dépend de l’écriture. Et l’écriture n’arrête pas les missiles. Le poète à Gaza, penché sur sa feuille, n’y échappe pas. Les centaines de journalistes, activistes, écrivain·es, témoins tué·es par Israël pour le simple fait de documenterPrès de 300 journalistes tué·es à Gaza et au moins 118 travailleur·euses de la culture, dont 23 écrivain·es. Voir à ce propos : « Journalistes tués à Gaza : le bilan tragique des opérations militaires israéliennes depuis octobre 2023 », UN News, 16 décembre 2025 ; « War on Writers: A look at writers killed in Gaza », PEN International, 1er février 2026. n’y ont pas échappé. Mais l’écriture est résistance en ce sens qu’elle arrête sur le papier un cri humain, un cri intelligible qui s’adresse à un autre. Le mot est inerte, mais la voix traverse. Elle traverse parce qu’elle est là. Alors que les machines de guerre complotent notre fin, la poésie de Yahya ressemble à l’« avion de papier » de son texte, avion plié par des doigts palestiniens et lancé d’une main, dans l’espoir d’atteindre une oreille.
Qu’est-ce que la traduction, si ce n’est prêter son corps ? Accompagner l’autre dans l’épreuve solitaire du langage et du rêve, entrer dans le conte sans effrayer les oiseaux, avoir le même grand-père l’instant d’un poème. Par la traduction, Yahya a offert à tant de personnes le cadeau de cette proximité : nous sommes nombreux et nombreuses à avoir été traversé·es par sa voix. À l’origine, une constellation d’ami·es s’est relayée pour traduire ses poèmes inédits de l’arabe vers l’anglais, permettant la publication d’un premier recueil, My Voice Cannot Be Bombed (2025), chez Iskra Books au Royaume-Uni. Le choix de l’anglais s’est imposé comme une évidence pour atteindre le plus grand nombreComme explique Pascale Casanova dans La langue mondiale, « l’écriture des dominés linguistiques, d’une façon générale, est potentiellement « toujours déjà traduite » puisqu’elle est écrite dans une langue mal connue de ceux qui consacrent. En d’autres termes, la traduction est le seul moyen proprement linguistique d’accéder à la perception, à l’existence, dans les régions dominées de ce monde », Paris, Le Seuil, 2015, p. 19., et le livre a fait connaître Yahya à travers le monde. À partir de là, d’autres traductions ont vu le jour et ont circulé sur divers supports. La plus spéciale à mes yeux restera toujours la version francophone qu’Alycia Dufour, au Québec, a publiée sous forme de zine. C’est à son initiative et grâce à son amour engagé qu’est né le présent projet de publication. La poète libano-québécoise, l’amie, la mentore Nada Sattouf et moi nous sommes plongées, cette fois, dans le texte originel, jusqu’alors inéditIl n’est pas rare que la langue mondiale (coloniale) — ici l’anglais — agisse comme « langue-source » pour la traduction d’un texte vers une autre langue « sans qu’il soit jamais repassé par l’original » (Casanova, p. 21). « Malgré ce qu’en disent les linguistes, toutes les langues ne sont, hélas, pas égales ; toutes sont équivalentes au plan linguistique mais il n’en est pas de même au plan social. » Il existe ainsi, à toutes les époques, une langue plus « prestigieuse » que les autres qui « devient, tout à fait arbitrairement, la langue universelle » (Casanova, p. 129). Dans ce contexte, le choix de traduire le texte à partir de sa langue originale et de le publier conjointement avec sa version arabe relève d’une perspective résolument anticoloniale. Comme l’écrit Casanova, « il n’y a qu’une seule façon de lutter efficacement contre une langue dominante, c’est d’adopter une position « athée » et, donc, de ne pas croire au prestige de cette langue, d’être persuadé de l’arbitraire total de sa domination et de son autorité » (p. 15).. Quel plaisir c’était alors de retrouver ensemble la langue maternelle ; celle qu’on parle pour vivre — pas pour survivre — ; celle qu’on parle pour soi ; qu’on parle pour l’autre, qui est encore un peu soi ; qui nous apprend que les frontières existent, mais qu’elles demeurent toujours floues. L’arabe, enfin.
Quand je parle à Yahya, il aime me rappeler son statut de réfugié. Que Gaza est sa maison, mais que ses ancêtres sont originaires de Zarnouqa, comme les miens sont originaires de Yaffa. Depuis la destruction des villes et des villages de la Palestine en 1948, Gaza a été un refuge pour de nombreux·ses Palestinien·nes. Aujourd’hui, le poème est ce refuge, un lieu qui rapatrie, cette autre Gaza, qui ne sera jamais bombardée. Et il reviendra, le temps de la fête
où Yahya tiendra son livre
un de ces jours
un de ces jours, peut-être
bientôt.
La poésie sera un prétexte pour pouvoir serrer sa main. Le livre, c’est sa main. Et ma main et nos mains et c’est la résistance.
إلى غزة المدينة التي لا تسكن الخرائط بقدر ما تسكن القلب كلما ابتعدت عنها، اقتربتْ مني أكثر كأنها نبض لا يغادر الروح إلى شوارعها ووجوهها إلى كل من علمني أن الأمل يولد من العتمة، وأن السقوط ليس إلا درسا آخر في البقاء أهدي هذا الكتاب ليس كلماتٍ فقط، بل محاولة نجاة، وصوتا صغيرا في وجه الغرق وإلى كل قلب آمن بنا، أو مر بنا شكرا لأنكم أثبتم أن الإنسانية ما زالت قادرة على النجاة هذا الكتاب لكم لأن الحكاية لم تكن لي وحدي. يحيى الحمارنه
À Gaza, la ville qui n’habite pas les cartes
autant qu’elle habite le cœur. Plus je m’éloigne d’elle,
plus elle se rapproche de moi, comme un battement
qui ne quitte pas mon âme. À ses rues et à ses visages, à celles et ceux qui m’ont appris
que l’espoir naît des ténèbres, que tomber n’est qu’une autre
manière de rester en vie, je dédie ce livre. Pas seulement des mots, mais une tentative de survie, une voix minuscule face à la noyade. Et à chaque cœur qui a cru en nous,
qui a croisé le nôtre, merci d’avoir prouvé que l’humanité est encore capable de persister. Ce livre est pour vous, car l’histoire
ne m’appartenait pas à moi seul. Yahya AL Hamarna
مذكرات يومية : عندما أنجو
عندما أنجو لن أستعجل الذهاب إلى محاضراتي الجامعية ولن أغضب إذا تأخر العشاء. عندما أعود من تمريني الرياضي سآخذ حمامًا دافئًا وأفكر في اتخاذ قرارات مصيرية سأقول لأمي أحبك ألف مرة سأجعلها تعانقني وتقبلني بابتسامة وحنان ليكون عناقها وقبلتها على وجهي معي في كل مكان كخيالي. سأعد الفشار وعصير العنب لأشاهد فيلمًا لروبرت دي نيرو في غرفتي الصغيرة. لن أشعر بالتوتر خلال أسبوع امتحانات الجامعة النهائية سأوازن بين دراستي ومشاهدة ريال مدريد في مراحل خروج المغلوب من دوري أبطال أوروبا. في ليالي دوري الأبطال سأشاهد فينيسيوس وفالفيردي يسجلان الأهداف. ولن أعود إلى المنزل مباشرةً. سأتمشى في الحديقة وأستنشق الهواء النقي وأزهار النرجس. عندما أعود من الحديقة، سأُعدّ طعامي بنفسي: الجبن والشاي والخبز والزيتون. سأُعدّ قائمة بالمدن التي أرغب في زيارتها: لندن، روما، بروكسل مايوركا، إسطنبول، باريس كارديف، قائمة طويلة من المدن لأن السفر سيكون راحة نفسية وإجازة من هذه الحياة المرهقة. وسأذهب إلى مدريد لمشاهدة فريقي المفضل هناك في العاصمة الإسبانية سأشاهد المباراة مع أصدقائي وسنذهب إلى السينما معًا. وسأقرأ أخبار الطقس في المدن التي أرغب في زيارتها لأعرف كيف أختار طقسي المفضل. عندما أنجو لن أسهر سأضبط المنبه مبكرًا لأستيقظ باكرًا أريد أن أنام بسلام، لأني لم أنم جيدًا لأكثر من عام، وقد سئمت من الأرق الذي نهش جسدي ولن أذهب مسرعًا إلى البقالة صباحًا سأمشي ببطء إلى الحديقة، وأستنشق الهواء النقي وأشرب القهوة وأقرأ الجريدة وعندما أبدأ من جديد سأنهي دراستي الأولى في العلاقات الدولية والدبلوماسية وسأحقق النجاح أخيرًا بعد أن تتوقف الإبادة وأكمل دراستي في جامعة الأزهر وليكن اسم جامعتي معي في كل مكان. سأقيم حفل تخرجي في عيد ميلادي فأنا أحب أن أولد من جديد بالمعرفة سنحتفل معًا مع أصدقائي سأكون هناك في مقهى فلسطين في لندن وستكون حفلة رائعة أخيرًا. سأقرأ مقالاتي وأطروحة تخرجي، وسنتناول كعكة البرتقال اللذيذة ونبتسم كثيرًا ونلتقط صورًا تذكارية وبعد يوم جميل سأعود إلى المنزل لأضع خطط نجاح جديدة رسمتها في مخيلتي. عندما أنجو لن أتناول فطوري بسرعة سأشرب القهوة وأستنشق الهواء بهدوء مع موسيقى فيروز سأشرب الماء مع الورد في الصباح فالورد صديقي الجميل دائمًا على مكتبي في الغرفة. ولن أؤجل قراءة بريدي صباحًا ففي الصباح مع شروق شمس جديدة يولد أمل جديد. وعندما أذهب إلى المدينة سأقوم بجولة واسعة في المكتبة المركزية وأشم رائحة الكتب والمعرفة والثقافة والفلسفة والتاريخ والسياسة وعلم النفس والأدب والشعر والعديد من العلوم. سأعد قائمة بكتب في القانون والسياسة والدبلوماسية والفلسفة لأشتريها من هناك. وسأدونها معي في دفتر يومياتي وسأعيش مع هذه الكتب الجميلة ستكون رفيقتي في كل مكان. سأقرأ الكتب وسأبدأ بالتعافي وسأشفى بصيدلية الكتب. سأذهب أخيرًا إلى الحديقة مع الشاي والكعك والحلويات وأشم الهواء المريح وصوت تغريد الطيور ويحيى يقرأ يومًا ما يومًا ما، ربما قريبًا سننجو من هذه الإبادة الجماعية فلنحلم مجددًا ولنرَ ما سيحدث في النهاية، يا صديقي.
Journal quotidien : quand je survivrai
Quand je survivrai je ne me dépêcherai pas d’aller à l’université ne me fâcherai pas si le souper tarde. Après mon entraînement je prendrai dans un bain chaud les décisions de ma vie dirai à ma mère : Je t’aime mille fois lui dirai de m’enlacer, de m’embrasser que ses caresses et son baiser sur mon visage m’accompagnent partout comme mon ombre. Je préparerai du pop-corn et du jus de raisin regarderai dans ma petite chambre un film de Robert De Niro. Je ne serai pas stressé pendant ma semaine d’examens je trouverai l’équilibre entre mes études et le Real Madrid lors des phases éliminatoires de la Ligue des champions j’observerai Vinicius et Valverde marquer des buts. Je ne rentrerai jamais tôt. Je me promènerai respirerai dans le jardin un air pur l’odeur des narcisses. Quand je rentrerai, je cuisinerai moi-même mon repas du fromage et du thé et du pain et des olives ferai une liste des villes que j’aimerais visiter : Londres, Rome, Bruxelles Mayorque, Istanbul, Paris Cardiff, une longue liste de villes car le voyage sera le repos de mon âme une vacance de cette vie accablante. Et j’irai à Madrid regarder mon équipe préférée là-bas dans la capitale espagnole avec mes amis nous regarderons le match ensemble puis nous irons au cinéma. Je lirai la météo des villes que j’aimerais connaître pour savoir comment choisir le climat qui me convient. Quand je survivrai je ne veillerai pas tard dans la nuit. Je programmerai le réveil pour me réveiller au matin je dormirai en paix je n’ai pas dormi depuis plus d’un an j’en ai assez des insomnies qui rongent mon corps. Et je n’irai pas en courant à l’épicerie le matin je marcherai lentement jusqu’au jardin à l’air pur en buvant mon café un journal à la main Et quand je recommencerai à neuf je terminerai mes premières études en relations internationales et en diplomatie j’atteindrai enfin la réussite après l’arrêt du génocide complèterai mes cours à l’Université Al-Azhar pour que son nom m’accompagne partout. Je célèbrerai mon diplôme le jour de mon anniversaire car j’aime renaître par le savoir. Nous ferons la fête ensemble mes amis et moi je serai là-bas au café Palestina à Londres ce sera une célébration merveilleuse. Je lirai mes articles et ma thèse, nous mangerons un cake à l’orange, rirons beaucoup prendrons des photos souvenir et après cette belle journée je reviendrai à la maison penser aux nouvelles décisions nées des dessins dans ma tête. Quand je survivrai je ne déjeunerai pas à la hâte. Je boirai mon café en humant doucement l’air du matin au son de la musique de Fayrouz je boirai de l’eau parfumée à la rose car la rose est ma fidèle amie toujours sur la table de ma chambre. Je ne remettrai pas à plus tard la lecture de mon courrier car au lever d’un nouveau soleil naît l’espoir. Et lorsque j’irai en ville je ferai un tour à la grande bibliothèque sentirai l’odeur des livres et du savoir et de la culture et de la philosophie et de l’histoire et de la politique et de la psychologie et de la littérature et de la poésie et de tant d’autres sciences. Je dresserai une liste d’ouvrages de droit et de politique et de diplomatie et de philosophie à acheter là-bas. Je vivrai avec ces beaux livres les noterai dans mon journal quotidien ils seront mes compagnons partout où j’irai. Je lirai et commencerai à guérir dans ma pharmacie de livres. J’irai enfin au jardin avec du thé et du gâteau et des douceurs l’air sera reposant rempli du chant des oiseaux et Yahya lira un de ces jours un de ces jours, peut-être bientôt nous survivrons à ce génocide. Rêvons encore et voyons ce que l’avenir nous réserve, mon ami.
،وبعد انتظار طويل
عناق
سألتقيك قريباً يا غزة إنها مسألة أيام فقط سأمشي حافي القدمين على أول خطوة في أرضك، أريد أن يلامسك جلدي ويلتصق بك يا عزيزتي لقد ملأ فراغك وشوقي إليك الأرض والنظام الشمسي وحتى الفضاء ودرب التبانة. أحبك كثيراً يا غزة. لرائحتك صوت يذكرني بالحياة بحرك هواءك، شوارع مدينتك، أزقة المخيم الجامعة، نسيم الشمال، وهمسات الليل لقد تأخرت كثيراً على لقائك، لكن من فضلك انتظريني أسبوعاً واحداً آخر. سيكون لدي موعد معك سأعانقك وأقبل ترابك، سأنجو، وسأتعلم وسأروي ارضك بدموعي. لقد حاولت جاهداً، والان مع إقتراب موعد لقائنا، ولدت من جديد إسمي الآن من بين الناجين من الإبادة الجماعية سأسافر حول العالم بإسمك سأرفع اسمك في كل مكان: فلسطين الحرة. أشعر وكأن لدي موعداً دائماً معك. اللقاء قريب، العناق قريب، تقبيل الأرض قريب من فضلك، أيها الوقت كن سريعاً هذه المرة. أريد أن يُشفى جرحي أخيراً بتقبيل أرضك يا غزة والجلوس معك والحديث عن رحلة البقاء التي أنهكت جسدي. غزة، لقاؤنا يقترب.
Après une longue attente,
étreinte
19 janvier 2025 Je te rencontrerai bientôt, ya Gaza. Ce n’est qu’une question de jours. Je ferai pieds nus mon premier pas sur ta terre je veux que ma peau te touche qu’elle s’attache à toi ma bien-aimée. Mon mal de toi, ma nostalgie ont rempli la Terre, le système solaire jusqu’à l’espace et la Voie lactée. Je t’aime tant, Gaza. Ton parfum a une voix qui me rappelle la vie ta mer le mouvement de ton air les rues de ta ville les ruelles du camp l’université la brise du nord les murmures de la nuit J’ai tant tardé à te retrouver, mais je t’en prie attends-moi une autre semaine encore. J’aurai un rendez-vous avec toi. Je t’enlacerai et embrasserai ton sol, je survivrai j’apprendrai et arroserai ta terre de mes larmes. J’ai tant souffert et maintenant à l’approche de nos retrouvailles je renais. Mon nom figure désormais parmi ceux des survivants du génocide. Je parcourrai le monde en ton nom le brandirai partout : فلسطين الحرةN.d.e : Palestine libre. Palestine libre, comme si j’avais un tête-à-tête permanent avec toi. La rencontre est proche, l’étreinte proche, le baiser de la terre proche. S’il te plaît ô Temps sois prompt cette fois. Je veux que ma blessure guérisse enfin en embrassant ta terre, ya Gaza m’assoyant auprès de toi te parlant du périple de survie qui a épuisé mon corps. Gaza, notre rencontre approche.
هل يرانا أحد؟
هل يرانا أحد؟ هل يرى أحد أننا بحاجة إلى ضوء كاف لننظر حولنا في الليالي الباردة ونتناول وجبة طعام؟ هل يرانا أحد نعيش في خيمة بأربعة جدران جلدية وسقف متهالك، غير صالحة للعيش ؟ هل يرانا أحد نخرج كل يوم، نحمل هواتفنا وبطارياتنا وأجهزة الراديو لشحنها في محطة شحن هواتف تعمل بالطاقة الشمسية ؟ عندما لا يكون الطقس مشمسا - كما هو الحال في الشتاء - لا يمكننا شحن هواتفنا أو حتى الاستماع إلى الأخبار على الراديو.
هل يرانا أحد نسير عدة كيلومترات كل يوم للعثور على إشارة إنترنت، حتى لو كانت ضعيفة؟ هل يرانا أحد نحاول خلق تعليم ذاتي بسيط وبدائي لأن الاحتلال الجبان حرم المدنيين الأبرياء العزل من حق التعلم؟ لا يمكن للأطفال وطلاب الجامعات الدراسة لأن الاحتلال الجبان قصف المدارس والجامعات. ودمر النظام التعليمي. هل يرانا أحد نعيش بدون نظام صحي لأن الاحتلال الفاسد دمر كل جانب من جوانب الرعاية الصحية في غزة؟ هل يرانا أحد؟
هل
يرانا
أحد؟
أخيرا، هل يرانا أحد؟ نحن نعيش على نفس الكوكب، في نفس العالم - في قارة آسيا، بالقرب من البحر الأبيض المتوسط. نتنفس نفس الهواء، ويربطنا البحر الأبيض المتوسط بدول وشعوب أخرى. ومع ذلك، نعيش بلا كهرباء، بلا ماء، بلا طعام، بلا دواء، وسط القصف والتهجير والقتل والمجازر. الغريب، في عصر التكنولوجيا هذا، ووسائل التواصل الاجتماعي، ووسائل الإعلام المتقدمة، والإنترنت والذكاء الاصطناعي، واستكشاف الفضاء — لا أحد يرانا.
Est-ce que quelqu’un nous voit ?
Est-ce que quelqu’un nous voit ? Est-ce que quelqu’un voit que dans les nuits glacées nous avons besoin d’un peu de lumière pour regarder autour de nous et partager un repas ? Est-ce que quelqu’un nous voit vivre sous une tente aux quatre parois de cuir, au toit branlant, inhabitable ? Nous voit sortir chaque jour, nos téléphones, nos batteries et nos radios à la main, pour les recharger à une borne d’énergie solaire ? Et lorsque le soleil se cache — comme en hiver — nous ne pouvons pas recharger nos appareils, ni même écouter les nouvelles à la radio. Est-ce que quelqu’un nous voit marcher des kilomètres chaque jour pour trouver un signal internet, si faible qu’il soit ? Nous voit tenter d’inventer un semblant d’éducation, rudimentaire, précaire, parce que l’occupant, lâche, a privé des civils innocents et sans défense du droit d’apprendre ? Les enfants et les étudiants ne peuvent plus s’instruire : l’occupant, lâche, a bombardé écoles, universités, a anéanti le système éducatif. Est-ce que quelqu’un nous voit vivre sans système de santé, parce que l’occupant, dépravé, a détruit chaque aspect et parcelle des soins à Gaza ? Est-ce que quelqu’un nous voit ? Est-ce que
quelqu’un
nous
voit ?
Est-ce que quelqu’un nous voit enfin ? Nous vivons sur la même planète, dans le même monde, en Asie, tout près de la mer Méditerranée. Nous respirons le même air, cette mer nous relie à d’autres peuples, d’autres rivages. Et pourtant, nous vivons sans électricité, sans eau, sans nourriture, sans médicaments, au milieu des bombardements et de l’exil et des morts et des massacres. Étrange époque que celle-ci : ère de la technologie, des réseaux sociaux, des médias avancés, d’Internet, de l’intelligence artificielle, de l’exploration spatiale et pourtant personne ne nous voit.
قلم
مشيتُ ببطءٍ بجانب جدي مصطفى في طريقنا إلى لبنان. لكننا أخطأنا قراءة البوصلة بدلاً من أن تقودنا إلى هناك، أرشدتنا إلى غزة الحبيبة. مع كل خطوة، كنتُ أحمل الأمل في قلبي أملاً بأن أعود يوماً ما إلى مسقط رأسي زرنوقة في فلسطين. أؤمن بأن الأحلام تتحقق. تعلمتُ ذلك في المدرسة. فجأةً، انتُشلتُ من خيالي إلى الواقع. أوقفنا جنديٌّ جبان، بصوتٍ أجشّ ومظهرٍ غريب سألني: هل لديكَ أيُّ نيةٍ للاستسلام؟ أجبتُ: لا أعرف هذه الكلمة لم أجدها في قاموسي. غضب، فتشني ثم اعتقلني. صُدمتُ. لماذا؟ و سألتُ قال: أنت تحمل سلاحاً خطيراً. نظرتُ إليه في حيرة. ما هذا؟ أجاب: قلم. لم يكن معي في حقيبتي سوى قلم.
Crayon
J’ai marché lentement aux côtés de mon grand-père Mustafa sur notre chemin vers le Liban. Mais nous avions mal lu la boussole. Au lieu de nous guider là-bas elle nous mena à Gaza notre bien-aimée. À chaque pas je couvais l’espoir au fond de moi qu’un jour je retournerais à ma ville natale où ma tête a chuté Zarnouqa en Palestine. Je crois que les rêves se réalisent. Je l’ai appris à l’école. Soudain, arraché à mon imagination, je suis revenu dans le réel. Un soldat, lâche, à la voix rauque et à l’allure étrange, nous avait arrêtés. Il m’a demandé : « As-tu la moindre intention de te rendre ? » J’ai répondu : Je ne connais pas ce verbe il n’est pas dans mon dictionnaire. Fâché, il m’a fouillé et m’a retenu. Sous le choc, j’ai demandé pourquoi. Il a dit : « Tu transportes une arme dangereuse. » Je l’ai regardé confus : Qu’est-ce que c’est ? « Un crayon. » Je n’avais dans mon sac qu’un simple crayon.
صوت العصافير
صباح الخير يا وطني الحبيب الساعة السابعة صباحًا بتوقيت القدس عاصمة فلسطين. لعلّي أقول إني اليوم أفوز بلقب الرجل النشيط رتّبتُ جذوع الحطب وأشعلتها لأُحضّر قهوتي وفي يدي عملٌ مسرحيٌّ لشكسبير. السماء صافية والشمس جميلة. قهوة وكتاب وهدوءٌ مع تغريد العصافير. بدأ صوت الأطفال يخرج يلعبون لينسوا قسوة الحرب قليلًا أواجه الحرب وأصنع أشياءً جميلة هناك أشياء أقوى من صوت القصف الذي لا يتوقف. أحلم بيومٍ قريبٍ أن أستيقظ أنا وأطفال جيراني على صوت العصافير التي تُغرّد دون صوت القنابل دون قصفٍ شريرٍ وخبيث. فقط صوت العصافير لا أريد أكثر من صوت العصافير.
Le chant des oiseaux
Bonjour ma patrie bien-aimée il est sept heures du matin heure de Jérusalem capitale de la Palestine. Je pourrais presque dire que je mérite aujourd’hui le titre d’Homme actif. J’ai coupé les bûches allumé le feu pour mon café et à la main un texte de Shakespeare. Le ciel est clair le soleil radieux. Du café, un livre, du calme et le gazouillement des oiseaux. Déjà les voix des enfants commencent à renaître, ils jouent pour oublier un peu la cruauté de la guerre. Les massacres, je les affronte en fabriquant de belles choses. Il existe des choses plus puissantes que le fracas inlassable des bombes. Je rêve du jour tout proche peut-être où les enfants de mes voisins et moi nous réveillerons au seul chant des oiseaux qui gazouillent sans le grondement des drones sans ce pilonnage malveillant et affreux. Rien que le chant des oiseaux. Je ne demande rien de plus que le chant des oiseaux.
عملية إنقاذ قيد الإنشاء
هناك في غرفتي الهادئة أقف أمام كتبي التي فقدتها في رحلة النزوح. أقف وحدي، وأكتب أسئلة ليس لدي أي قوة سوى هذا: الكتابة. أكتب عملية إنقاذ جارية إنقاذ من مواجهة الحزن وحدي في صمت. إنقاذ بكلمات البقاء التي أهمس بها لنفسي كل يوم: عندما أنجو، عندما أنجو… يحثني قلبي على الغوص في الأمل بينما يتوسل عقلي لا تفعل. أحاول البقاء على قيد الحياة بأي طريقة ممكنة. أحيانا لا استطيع أفقد الرغبة وسط كل شيء يتكشف أمام عينيّ البريئتين. الألم أكبر مني. اكتب عملية إنقاذ جارية: عائلات نازحة منازل مدمرة أمهات يودعن أحباءهن أطفال يبكون. كل شيء هنا مؤلم. تتفاقم المعاناة كل يوم تحت هذا الكابوس الذي يرفض أن ينتهي أجلس وحدي هناك وحدي لأنشئ عملية إنقاذ لأشفي حزني لأجد القوة مرة أخرى لمواجهة الآلام التي أشهدها يوميا. وربما يوما ما ستنتهي أقول ربما تنجح عملية الإنقاذ هذه يا غزة. فلتنجو من كل هذه المعاناة يا غزة.
Opération de sauvetage en cours
20 mai 2025 Là-bas dans ma chambre silencieuse je me tiens devant les livres que j’ai perdus sur les routes de l’exode. Je me tiens seul et écris des questions je n’ai que cette force : écrire. J’écris une opération de sauvetage en cours un sauvetage pour ne pas affronter le chagrin seul dans le silence. Un sauvetage par les mots que je me murmure chaque jour quand je survivrai, quand je survivrai… Mon cœur m’exhorte à plonger dans l’espoir alors que mon esprit me supplie ne le fais pas. J’essaie de rester au seuil de la vie par tous les moyens possibles. Parfois, je n’y arrive pas. Je perds le désir au milieu de tout ce qui se dévoile sous mes yeux innocents. La souffrance immense me dépasse. J’écris une opération de sauvetage en cours : des familles déplacées des maisons anéanties des mères qui disent au revoir à l’amour des enfants qui pleurent. Ici tout fait mal. Le tourment s’accroît chaque jour dans ce cauchemar qui refuse de finir. Je m’assois seul là, seul pour créer une opération de sauvetage guérir mon chagrin retrouver la force d’affronter les douleurs quotidiennes. Et peut-être qu’un jour ça prendra fin. Je dis peut-être que cette opération de sauvetage réussira, ya Gaza. Puisses-tu survivre à toute cette souffrance ya Gaza.
تأملتُ
أظن وأشعر أن من أجمل ما يحدث للإنسان أن يمتلك القوة الكافية للجلوس في مكان ما بعيدًا عن ذوي القنابل والخوف الذي يلاحقه في كل مكان. يحمل معه دفترًا صغيرًا، وهو دائمًا في جيبه يكتب الكثير من الأشياء الماضي والحاضر والمستقبل الأمل والخوف والخطط التجارب والدموع واللحظات تبقى محفوظة في الذاكرة كتابات تروي ما نعيشه. أحيانًا عندما أعود من الشاطئ قرب غروب الشمس يبدأ القمر بالظهور أنظر إلى القمر كطفل صغير، وأشعر أنه يسير معي إلى كل مكان أذهب إليه يسير معي خطوة بخطوة. أنظر إليه وأبتسم وألوح بيدي. أفتقد الجلوس مع القمر دون صواريخ.
Contemplation
Je crois, je sens profondément que l’une des plus belles choses offertes à l’humain est d’avoir assez de force pour s’asseoir quelque part loin du fracas des bombes et de la peur qui le poursuivent partout. Dans un petit carnet toujours dans sa poche il écrit beaucoup de choses : le passé et le présent et l’avenir l’espérance et la crainte et les plans les expériences et les larmes et les instants à jamais gravés dans la tête ces lettres qui racontent tout ce qu’on vit. Parfois à mon retour de la plage au moment du crépuscule, la lune commence à paraître. Je la regarde comme un enfant, la sens se promener avec moi où que j’aille, pas à pas. Je la contemple lui souris lui fais signe de la main. Ça me manque de m’asseoir avec la lune sans missiles.
طائرة ورقية
أتمنى لو أكون طائرة ورقية لبضع دقائق طائرة ورقية تعانق السماء والحرية طائرة ورقية مزينة بألوان العلم الفلسطيني الجميل طائرة ورقية تحلق إلى أي مكان أريد طائرة ورقية ترسم بسمة على وجه طفل غزّي. أتمنى لو أكون طائرة ورقية لبضع دقائق طائرة ورقية تحلق في السماء بعزيمة وقوة طائرة ورقية تعانق أحباءنا الذين فقدناهم في السماء طائرة ورقية تقول: أنا هنا في سمائي، أنا أجمل من طائراتكم الغبية طائرة ورقية بروح قوية صنعتها أيادي فلسطينية طائرة ورقية لها سماء وشاطئ ورياح وحب وحياة. أتمنى لو أكون طائرة ورقية لبضع دقائق طائرة ورقية تحملني إلى القدس ورام الله طائرة ورقية تأخذني إلى الضفة الغربية ومخيماتها طائرة ورقية تهدم جدار الفصل العنصري وتجعلني أعانق أحبائي في نابلس طائرة ورقية تمنحني هواءً نقيًا وأملًا.
Avion de papier
Si seulement j’étais un avion de papier pour quelques instants un avion de papier dans la libre étreinte du ciel un avion de papier peint des couleurs du beau drapeau palestinien un avion de papier qui plane là où je le souhaite un avion de papier pour faire sourire un enfant de Gaza. Si seulement j’étais un avion de papier pour quelques instants puissants et glorieux qui fend le ciel et enlace nos êtres chers perdus là-haut un avion de papier qui dit : Je suis ici,
dans mon ciel, je suis plus beau que vos avions stupides un avion de papier à l’esprit fort que font des mains palestiniennes un avion de papier avec un ciel et une plage et les vents et l’amour et la vie. Si seulement j’étais un avion de papier m’élançant de Jérusalem à Ramallah un avion de papier qui vole jusqu’en Cisjordanie et à ses camps un avion de papier qui abat le mur de séparation et qui va enlacer ses proches à Naplouse un avion de papier qui répand un air pur un peu d’espoir.
في دقيقة واحدة فقط
في دقيقة واحدة فقط أو ستين ثانية سمّها ما شئت عليك الرحيل. عليك الفرار. عليك أن تحمل روحك بين يديك وتسير بسرعة… لتنجو.. في دقيقة واحدة فقط يقترب كل شيء أمام عينيك ليُصبح ذكرى. كل ما تراه يرحل عنك - إلى الأبد. ذكرياتك: طاولة الطعام التحفة الفنية التي أهدتك إياها جدتك لتفوقك الدراسي هدايا المناسبات السعيدة. تحاول جمع ما تستطيع في دقيقة واحدة فقط. إنه تحذير حقيقي تحذير يتردد صداه في صوت الدمار، صوت القصف. تحاول جمع كل ما تستطيع حمله في المنزل أخذت ما استطعت: أوراقي، شهاداتي الأكاديمية، كتبي المدرسية لكنني لم أستطع أخذ كل شيء كان الأمر فوق طاقتي. ذكرياتي جميلة - وكثيرة جدًا. غرفتي فاضت بالكتب، بالحب، بالأمل، بالذكريات، بالصور، بالأقلام، بالقرآن، بخزانتي، بملابسي، بجرة الزيتون، بالمزهريات، بالعدس، بشهادة ميلادي، بأمشاط شعري، بأوراق مكتبي البيضاء - لون الحياة، بموس الحلاقة، بذاكرة الفلاش، بكتبي الإلكترونية، بصور جواز سفري، بوثائق سفري وجامعتي. في دقيقة واحدة وحيدًا - وحيدًا تمامًا — تحاول جمع كل شيء. لكن الذكريات؟ كيف تحملها؟ أين تضعها؟ تبقى — محفورة في المنزل في الجدران، في الناس في الصور في كل زاوية، في كل نافذة آلاف الذكريات يجب أن تتركها خلفك. لكن كيف؟ لماذا؟ لماذا أتخلى عن أجمل ما في حياتي؟ لأن احتلالًا ظالمًا يريد أن يسلبني كل شيء؟ عدت إلى تلك اللحظة. كان لا يزال هناك متسع من الوقت. أعتقد أن لديّ ١٣ ثانية متبقية — ١٣ ثانية لأحمل كل شيء معي وأنجو. في دقيقة واحدة فقط وجدتُ القوة للصمود لأحمي من حولي - بالأمل، بالصمود. بكينا معًا ركضنا معًا عانقنا بعضنا البعض حتى وصلنا إلى الصفر لحظة نفاذ الوقت. في دقيقة واحدة فقط وصل صوت الطائرات وبدأت المدينة الجميلة البريئة تهتز. من بعيد، وقفتُ بين الآلاف أدعو، وأتوسل أن تمر تلك اللحظات الجامحة. سقطت القنابل مرة أخرى تبعتها صرخات بكاء ألم. في دقيقة واحدة فقط أصبحتُ مدمنًا على لعب دور البطل مراراً وتكراراً، خرجتُ سالماً كما لو كنتُ باتمان في فيلم ما، ناجياً دائماً وكل شيء من حولي يبدو سليماً. حتى بدأتُ أتنفس ببطء ظننتُ أنني نجوتُ ظننتُ أن الأمل قد أنقذني مرّ أكثر من ستة مائة يوم في كابوس الألم هذا. ظننتُ أنني نجوتُ حتى رأيتُ عينيّ طفل صبياً بريئاً يبكي على أمه يحاول إيقاظها لقد رحلت، إلى الأبد، إلى الجنة. في تلك اللحظة صوته الخافت هزمني حزنه. هذه هذه هي اللحظة في غزة الآن.
En juste une minute
En juste une minute soixante secondes à peine appelle ça comme tu veux tu dois partir. Tu dois fuir. Tu dois prendre ton âme entre tes mains avancer rapidement… et survivre. En juste une minute tout se colle à tes yeux devient mémoire. Tout ce que tu vois te délaisse à jamais. Tes souvenirs : la table à manger l’œuvre d’art offerte par ta grand-mère pour tes réussites scolaires les faveurs des jours heureux. Tu tentes de rassembler ce que tu peux. En juste une minute. C’est un avertissement un vrai avertissement dont l’écho résonne dans le bruit de la destruction la voix des bombardements. De la maison tu tentes d’emporter ce que tu peux — j’ai pris ce que j’ai pu : mes papiers mes diplômes mes livres d’école. Mais tout prendre était au-delà de mes forces et de mes bras. Mes souvenirs sont beaux et nombreux. Ma chambre débordait de livres, d’amour, de rêves, de souvenirs, de photos, de stylos, le Coran, ma garde-robe, mes vêtements, la jarre d’olives, les vases, les lentilles, mon acte de naissance, mes brosses à cheveux, mes feuilles blanches — couleur de la vie, mon rasoir, mon disque dur, mes livres électroniques, mes photos de passeport, mes documents de voyage et d’université. En juste une minute seul entièrement seul tu t’efforces de tout rassembler. Mais les souvenirs ? Comment les porter ? Où les déposer ? Ils demeurent gravés dans la maison dans les murs et dans les gens dans les photos dans chaque recoin, chaque fenêtre. Des milliers de souvenirs que tu dois laisser derrière. Mais comment ? Pourquoi ? Pourquoi devrais-je renoncer au plus beau de ma vie ? Parce qu’une occupation veut injustement me dépouiller de tout ? Je suis revenu à cet instant. Il restait encore du temps. Il me restait treize secondes je crois treize secondes pour tout emporter avec moi et survivre. En juste une seule minute j’ai trouvé la force de tenir protéger les autres autour de moi avec espoir et endurance. Nous avons pleuré ensemble couru ensemble nous nous sommes enlacés jusqu’à atteindre le zéro. Quand le temps est écoulé. En juste une minute le grondement des avions est arrivé et la ville, belle, innocente a commencé à trembler. De loin, au milieu de milliers d’autres je me suis tenu debout, priant, suppliant pour que ces secondes sauvages s’écoulent enfin. Les bombes sont tombées à nouveau les cris les ont suivies les larmes la douleur. En juste une minute j’étais devenu accro à jouer au héros. Encore et encore je m’en sortais indemne comme si j’étais Batman dans un film, toujours rescapé et tout autour semblait tenir. Puis je me suis mis à respirer lentement. J’ai cru que j’avais survécu que l’espoir m’avait épargné un jour de plus dans ces six cents jours de cauchemar. J’ai cru que j’avais survécu puis j’ai vu les yeux d’un enfant un petit garçon innocent pleurer sa mère tentant de la réveiller. Elle était partie pour toujours vers le ciel. À cet instant-là sa voix étouffée sa peine m’ont vaincu. C’est ça une seconde à Gaza maintenant.
عيد فلسطين
في العيد… نبكي في صمت خفي في هذا العيد تضاء مصابيح الذاكرة على عتبات الغياب. نعيد ترتيب المقاعد على أمل أن تعود الأرواح - لتملأ الفراغ بظلالها. نتذكر أولئك الذين رحلوا، تاركين وراءهم صدى الضحك ورائحة العطر على وسائد حزينة. نتذكر أولئك الذين طرق العيد أبوابهم ليجدوا الريح لا وطن لهم يحتضنهم أولئك الذين ولا صوت يناديهم باسمهم الدافئ. نتذكر أولئك الذين مزقتهم الحرب الذين ترقد أجسادهم عارية في المنفى، الذين صمتت أغاني العيد لديهم، الذين ضاعت تیاب فرحهم في خضم الحزن. نتذكر الأمهات، ينتظرن رسائل لا تصل أبدا، عناقا متجمدا في ذاكرة الليل نتذكر أولئك المسجونين في زنازين السجون، الذين لا يرون الشمس إلا في الأحلام والذين تغتال أعيادهم عند فجر قاس لا يعرف الرحمة. لكل قلب يتيم ينتظر لقاء لم يأت أبداً، لوجوه ابتلعها الغياب لكل أم تعيش على الأمل، تمشي في الشوارع، لا تسمع سوى الصمت العيد قادم. وستنهض فلسطين من بين الأنقاض خالية كما وعد الله والأنبياء. حرة، بفجر لم يسبق له مثيل. عيدك قريب يا فلسطين وسأكون هناك - لأقبل جبينك، لأفرش سجادة من الأمل على أرضك. احتفلي يا فلسطين مع شعبك. ارفعي راية الفرح عالياً. نعلن: فلسطين حرة. فلسطين حرة
La fête en Palestine
À la fête… nous pleurons dans un silence discret, en ce jour où les lampes de la mémoire s’allument sur les seuils de l’absence. Nous réorganisons les sièges dans l’espoir que les âmes reviennent combler le vide de leurs ombres. Nous commémorons ceux qui sont partis laissant derrière eux l’écho d’un rire l’odeur d’un parfum sur les oreillers tristes. Nous commémorons ceux chez qui la fête a frappé à la porte ceux qui ont trouvé le vent ceux qu’aucune patrie n’enlace qu’aucune voix n’appelle de leur tiède nom. Nous commémorons ceux que la guerre a déchirés dont les corps gisent nus en exil, dont les chants de fête se sont tus dont les habits de joie se sont perdus dans les affres du chagrin. Nous commémorons les mères qui attendent des lettres qui n’arrivent jamais, des étreintes figées dans la mémoire nocturne. Nous commémorons ceux enfermés dans les cellules des prisons qui ne voient le soleil que dans leurs rêves dont les fêtes sont assassinées à l’aube d’un matin dur qui ne connaît pas la pitié. À chaque cœur orphelin qui espère une rencontre qui n’a jamais eu lieu, à ces visages engloutis par l’absence… À chaque mère survivant d’espoir, marchant dans les rues, n’entendant que le silence, la fête arrive. Et la Palestine se relèvera pure d’entre les ruines tel que promis par Dieu et ses prophètes. Libre, avec une aube comme il n’en a jamais eu. Ta fête est proche, ya Palestine et je serai là, pour embrasser ton front, pour étendre un tapis d’espérance sur ta terre. Célèbre, Palestine avec ton peuple. Élève bien haut le drapeau de ta joie. Nous proclamons : Palestine libre. Palestine libre.
اساتذة فن الأمل
الجزء الأول
في قلب غزة، حيث تمتزج الذكريات بآلام الحاضر، يُشكّل الحزن الحياة اليومية، ودقائق الحياة تحت وطأة الحرب. أصوات القذائف التي تُمزّق سكون الليل ليست مجرد صوت دمار؛ إنها لحنٌ لا يفارق آذاننا، يلامس أوتار قلوبنا ويخترق أعماقها برصاص الذكريات المؤلمة.
رغم انزلاق الحياة إلى فوضى عارمة، لا يزال الأمل يُزهر في حدائق النفوس. كانت الساعة الثامنة صباحًا، وامتلأت الشرفات بوجه أملٍ شجاع، بينما كنتُ وعائلتي نتناول فطورًا بسيطًا من الخبز وزيت الزيتون. فجأة، ما إن بدأنا الحديث عن مزرعتنا الصغيرة، حتى شعرتُ وكأن الزمن صفعني. دوّى انفجارٌ بعيد - نبضٌ يتردد صداه في أذنيّ - جعلني أشعر وكأن العالم قد تجمّد. تطايرت قطع الخبز في الهواء، وارتسمت على وجوهنا تعابير القلق.
لم يكن الصوت غريبًا؛ خارج جدران منازلنا، اعتدنا أن تُغلق علينا صمامات الأمان كقبر مفتوح. ومع ذلك، ورغم كل هذا، تبقى الروح الإنسانية صامدة. لا شيء يُخفف من بريق النظرات المتفائلة التي تُشارك الألم، ولا يُحل الظلام على نور الضحكة التي تُعلن وجود الحياة.
تجوب عيناي أزقة غزة، فأرى أطفالًا يلعبون بجانب ركام الصواريخ، ينشرون الفرح فيما بينهم كمخلوقات أسطورية تحت سماء كئيبة. كيف تُزهر الطفولة وسط هذا الدمار؟ إنهم بارعون في فن الأمل، بارعون في رسم البراءة على وجوههم، كما يُلوّن الفجر سماء الليل بألوانه.
رغم كل هذا الانكسار، يبقى الانتماء لغزة طريقًا إلى الجمال الأبدي. هنا، يدٌ تُحارب الحياة، والأخرى تمد يد العون. يصطف الجيران كأصدقاء، يتشاركون سبل عيشهم وأحلامهم. تتجمع النساء عند الفجر لإعداد الفطور لشريحة من أهل حارتهم، ويتجمع الرجال حول المآذن للصلاة، مُحاطين برائحة التراب والأشجار والفخر. لكن للأحلام ثمن، وهي ترفرف في سماء العجز، تخاطب عقل كل طفل يرى مستقبله يلمع كنجم بعيد. احتضان هذا الأمل يتطلب شجاعة تفوق كل تصور. ويظل السؤال يطاردنا: هل سنتمكن من بناء غدٍ أكثر إشراقًا، أم سيبقى الأمل سجلًا ناقصًا في سجلات التاريخ؟
الجزء الثاني :غزة بين الألم والأمل
في زوايا البحر التي تلامس حدود الألم، تقف غزة كجرح مفتوح على خريطة العالم، لم تُشفَ بعد، لكنها تنبض بالحياة رغم كل شيء. مدينة تكتب فصولها بالدم والدموع، تُردد أناشيدها من تحت الأنقاض، وكأنها تعلم أن الحياة لا تُمنح إلا لمن يستحقها.
غزة ليست مجرد مدينة محاصرة، بل هي روحٌ من نارٍ وصبر، تسير على حبل مشدود بين الموت والحياة. هي الطفلة التي تفتح عينيها كل صباح على صوت الطائرات، وتغفو على أصوات دعاء أمها أن يعود والدها من المستشفى أو من تحت الأنقاض حيًا. هي العجوز التي تحفظ أسماء الشهداء كما تحفظ آيات القرآن، وتبكي في صمتٍ مكتوم، لكنه محسوس في كل زاوية من القلب.
رغم الألم، ثمة ما يشبه المعجزة. في غزة، يُزرع الأمل في التراب الجاف. من بين الحجارة، تنبت زهرة، ومن ظلمة الليل، ينبثق ضوء شمعة، ومن أنقاض المدارس، تُكتب أولى حروف الحياة. في ضحكة طفل، وفي لوحات فنان رسم وطنه من الرماد، وفي قصائد شعراء يكتبون على جدران الحصار أن الوطن ليس جغرافيا فحسب، بل ذاكرة وسؤال لا يموت.
Les maîtres de l’art de l’espoir
Première partie
Au cœur de Gaza, là où les souvenirs se mêlent aux douleurs du présent, la tristesse façonne le jour, et les minutes de la vie s’écoulent sous le poids de la guerre. Les détonations déchirant nos nuits ne sont pas que le bruit du fracas, mais une mélodie qui harcèle nos oreilles, écorche les cordes de nos cœurs, les transperce de balles faites de mémoires tourmentées.
Malgré la chute de la vie vers un chaos sans limites, l’espoir continue d’éclore dans les jardins de nos âmes. Il était huit heures du matin, et le visage du courage a rempli les balcons, au moment où je partageais avec ma famille un repas modeste de pain et d’huile d’olive. Alors que nous parlions de notre petite ferme, j’ai eu la soudaine impression d’être giflé par le temps. Une explosion lointaine dont le battement retentissait dans mes oreilles venait de figer mon monde. Des morceaux de pain se sont envolés, et les traits de l’inquiétude ont envahi nos visages.
Ce bruit n’avait rien d’étrange ; au-delà des murs de nos maisons, nous étions habitués à voir les verrous se refermer sur nous comme un tombeau entrouvert. Et malgré tout cela, l’âme humaine demeure debout. Rien ne réduit l’éclat des regards qui partagent la douleur. Nulles ténèbres n’éteignent la lumière d’un rire qui confirme :
Mes yeux parcourent les ruelles de Gaza, et j’y vois des enfants jouer près des décombres de missiles, la joie rayonnant d’eux telles des créatures mythiques sous un ciel accablé. Comment l’enfance fleurit-elle au milieu de tant de ruines ? Les enfants excellent dans l’art de l’espérance, excellent à peindre l’innocence sur leurs traits, tout comme l’aube teinte le ciel de ses couleurs nocturnes.
Malgré les fractures, appartenir à Gaza demeure la voie vers une beauté éternelle. Ici, tandis qu’une main s’accroche à la vie, une autre offre son soutien. Les voisins se rallient comme de vieux amis, partageant leur nourriture et leurs rêves. Au matin, les femmes se rassemblent pour préparer le petit-déjeuner à une partie du voisinage, pendant que les hommes se pressent autour des minarets pour la prière, enveloppés de l’odeur de la terre, des arbres, de la fierté. Mais les rêves ont un prix même quand ils planent impuissants dans le ciel ; ils murmurent à l’esprit de chaque enfant voyant son avenir scintiller comme une étoile lointaine. Embrasser cet espoir demande un courage qui dépasse toute mesure. Et la question nous poursuit : serons-nous capables de bâtir un lendemain plus lumineux, ou l’espoir restera-t-il une page inachevée dans les registres de l’histoire ?
Entouré d’êtres de lumière, chacun porte dans sa poche un rêve singulier. Chaque rêve lève son regard vers un ciel sans barrières. Ici, là où les crises s’entrelacent avec la foi, le peuple de Gaza a compris qu’il n’est pas victime de l’histoire, mais l’artisan d’un avenir radieux, oscillant entre les rayons d’un soleil qui parfois se tapit derrière des nuages de cendres.
Deuxième partie : Gaza, entre supplice et espérance
Dans les recoins de la mer qui frôlent les frontières de la souffrance, Gaza se dresse comme une plaie ouverte sur la carte du monde : pas encore guérie, mais contre toute attente, elle pulse. Une ville qui écrit ses chapitres avec du sang et des larmes, qui récite ses hymnes sous les
Gaza est plus qu’une ville assiégée ; son âme est faite de feu et de patience, elle avance sur une corde tendue entre la mort et la vie. C’est la petite fille qui ouvre les yeux chaque matin au son du grondement des avions, qui s’endort au souffle des prières de sa mère, espérant que son père revient vivant de l’hôpital ou de sous les ruines. C’est la vieille femme qui connaît les noms des martyrs comme les versets du Coran, qui pleure dans un silence assourdissant, pourtant palpable dans chaque repli de son cœur.
Malgré la douleur, il y existe quelque chose de miraculeux. À Gaza, l’espoir se sème dans une terre aride. D’entre les pierres, une fleur éclot ; des ténèbres nocturnes émerge la lueur d’une bougie ; depuis les décombres des écoles naissent les premières lettres de la vie. Il y a du miracle dans le rire d’un enfant, dans les toiles d’un artiste qui peint son pays avec la cendre, dans les poèmes de ceux qui écrivent sur les murs du blocus : la patrie n’est pas seulement une géographie, mais une mémoire — et une cause qui ne meurt jamais.
Gaza enseigne au monde le vrai visage de la dignité. À une époque où les batailles se livrent pour le pouvoir et l’autorité, Gaza lutte pour survivre ; pour vivre, rien de plus. Elle est la boussole de la conscience quand elle se perd, l’épreuve de l’humanité lorsqu’elle s’oublie.
Gaza, entre supplice et espérance, est une histoire longue et sans fin. Entre un obus et un sourire, l’enterrement des martyrs et le reboisement des plaines, la vie renaît du ventre de la cendre. Et peut-être qu’à chaque fois qu’on pense que Gaza a succombé, elle reviendra pour dire : « Me voici. Je palpite encore. Je résiste encore.
Postface —
Journal d’un livre à façonner : Quand Yahya le poète a mis au monde le Nous
C’est grâce à la solidarité et à la lutte que cette histoire commence. C’est grâce à elles que je lis pour la première fois la poésie de Yahya, les yeux rivés sur mon téléphone.
Un post Instagram de Boycott Indigo Books attire mon attention. Mêlant acteurices du milieu du livre, personnes de conscience et passionné·es de littérature, Boycott Indigo Books se donne pour mandat d’inciter, par diverses actions de mobilisation, au boycott de la méga chaîne de librairies canadienne Indigo, dont la PDG finance et appuie les Forces d’occupation israéliennes. La page publie les textes d’un poète palestinien du nom de Yahya AL Hamarna.
Je lis ses premiers mots, transcrits dans un anglais impeccable : « Daily Diary (when I survive) », Journal quotidien (quand je survivrai). Les poèmes en vers s’étalent sur plusieurs pages d’un cahier ligné dont chaque page a été soigneusement prise en photo. Je me souviens de mon émotion devant la main d’écriture précise et ronde. À ce moment, je suis loin de me douter du chemin qu’ont parcouru ces mots, depuis la Palestine occupée et bombardée, depuis les tentes et les déplacements forcés. Depuis l’arabe, langue maternelle de Yahya, jusqu’à l’anglais, dans un processus d’auto-traduction fulgurant, dans l’urgence
d’immortaliser sa parole avant le prochain exil précipité. Je ne connais pas encore le feu qui habite le poète réfugié, sa volonté brûlante de partager sa voix au monde.
Je suis loin de penser, au moment où je lis ces poèmes, aux risques que cela représente, d’écrire au milieu d’un génocide, du courage que cela prend pour sauver, au péril de sa vie, ses livres et ses cahiers des bombes qui n’avertissent jamais avant de s’abattre.
Mais à ce moment précis, installé·e confortablement dans mon logis, je ne sais rien de tout ça. Je lis Yahya sous forme pixelisée. Le je du poème raconte comment il chérira l’infime et l’ordinaire une fois qu’il aura survécu. Je pense au poème de Darwich, Pense aux autres (فكّر لغيرك). Le souffle du jeune poète m’inspire. Sans trop réfléchir, j’appuie « suivre » sur son profil, puis partage le texte dans ma story.
Ce sont les premiers mots que Yahya m’adresse. Ce ne sont pas là les mots d’un troll derrière un compte frauduleux qui se glisse dans mes DMs tels que nous avons l’habitude d’en recevoir de temps à autres, non. Ce sont les mots d’une personne qui risque sa vie, prend de ses forces et de son temps précieux pour marcher (parfois plusieurs kilomètres) jusqu’à la station de recharge la plus proche, puis jusqu’à la connexion internet la plus proche, pour souhaiter « a kind day » à un·e inconnu·e qui a mis quelques likes à ses publications. Une journée douce, bienveillante et heureuse. Un souhait gratuit, comme ça, envoyé à l’autre bout du monde en ne sachant même pas si l’on va recevoir de réponse. C’est ainsi que je fais connaissance avec la personne qu’est Yahya. Yahya, celui qui s’enquiert de ma santé alors que sa propre fatigue le surmène. Yahya, celui qui prie pour mon père, atteint du cancer, ou pour mon ami proche décédé, alors qu’il a perdu plus de deux dizaines des siens depuis le 7 octobre 2023.
Très vite, nous entreprenons une correspondance assidue. Il me partage des textes, je lui envoie des miens.
Il me dit qu’il essaie d’apprendre par lui-même le français, qu’il souhaiterait parler plusieurs langues, voir le monde. Je le découvre en érudit. Nous nous promettons que nous nous apprendrons nos langues maternelles un jour.
Il me demande de traduire les textes de son zine My Voice Can’t be bombed en français pour son anniversaire.
D’abord intimidé·e (je suis poète, pas traducteurice), je lui confie que je ne suis peut-être pas la meilleure personne pour ce travail, mais que si c’est vraiment ce qu’il veut, je le ferai avec honneur. Yahya n’a pas encore lu une seule page de cette traduction à naître qu’il me rassure : il a la certitude qu’elle sera magnifique. Je m’y mets donc, lentement, prudemment, comme si je travaillais avec le matériau le plus rare et précieux qui soit. La traduction prend un mois.
Le souhait de Yahya est d’en faire un zine qui pourra être lancé à Montréal à l’occasion de ses vingt-quatre ans. Il me demande d’en imprimer plusieurs copies et de les vendre ce soir-là pour récolter des fonds afin de soutenir sa famille.
C’est à partir de là que se tisse autour de nous une communauté. Des ami·es me donnent leur avis sur la traduction, le graphisme, d’autres m’aident à réviser. Des connaissances se rapprochent, mobilisées par le projet, par la voix unique et essentielle de Yahya. Je lui suggère le titre On ne bombardera jamais ma voix. Ça lui plaît. Un·e proche me met en contact avec son patron pour que nous lancions le zine dans son commerce ; celui-ci accepte gracieusement. Tout se place parfaitement autour de la lumière qu’inspire Yahya au monde.
En deux semaines, le zine est né. Yahya l’approuve avec excitation. Je l’imprime, non sans de nombreux conflits avec ma vieille imprimante, me trompe, puis recommence, jusqu’à ce que je trouve la formule adéquate. Ma mère, mon chat et moi travaillons tous les soirs à assembler, plier, couper, coudre et numéroter chaque zine. Installé·es sur la table de la salle à manger de mon enfance, le projet se concrétise entre les tasses de thé, la musique de Fayrouz (que Yahya adore) et les bêtises du chat Gamma. Nous ne savons pas tout à fait ce que nous faisons, mais qu’importe : nous sommes porté·es par une mission plus grande que nous, qui engage plus large que nous, qui soigne nos cœurs.
Né en Palestine, découlant d’une lutte ancestrale, produit des camps de réfugié·es, On ne bombardera jamais ma voix revient au monde une seconde fois à l’Isle-aux-Coudres en français québécois. Je pense, en regardant la pile de recueils faits mains, uniques et pas parfaits du tout : comme c’est étrange et beau, la vie.
Dans un resto-bar, nous nous installons, mes proches et moi. Nous disposons drapeaux palestiniens, kufiyas, verdure de plastique, stickers et chandelles. Un mot de remerciement de Yahya a été déposé sur chacune des tables. Yahya ne pourra pas se joindre à nous ; à Gaza, Internet est coupé.
Les voix et les rires fusent dans une atmosphère chaleureuse. La place se remplit. Je suis heureux·se et étonné·e. Je présente Yahya à la foule, mon ami, celui dont nous célébrons l’œuvre et qui pourtant n’est pas là, puis immédiatement, Yahya devient l’ami de tous·tes. Nous respirons tous·tes d’un même souffle, pleurons tous·tes les mêmes larmes, applaudissons sur le même rythme. Nous venons célébrer Yahya, mais pas que ; nous sommes venu·es pleurer
Au terme de la soirée, il ne reste plus de zines. Lorsque les comptoirs sont nettoyés, que les chaises sont rangées, je souris en pensant à la prouesse que vient de faire Yahya : pourtant absent, il s’est fait l’entremetteur d’une bande d’ami·es, d’allié·es. L’une de ces personnes précieuses de qui je me rapproche à la suite de cette soirée, c’est la poète, artiste, et humaine extraordinaire Elissa Kayal.
Dès le lancement, Elissa partage ma volonté d’aider Yahya à faire reconnaître son travail. Je réimprime des zines. Tous sont vendus dans un temps record. Les rêves de notre ami se réalisent un à un, à des milliers de kilomètres de chez lui.
Bien qu’il se réjouisse de sa publication DIY, l’un des souhaits de Yahya est d’être publié par une maison d’édition francophone. Le projet de Yahya est précieux, vulnérable et politique; il doit être manié par des gens qui le respectent et le défendent sans tiédeur. C’est alors dans cet esprit que s’est constituée l’équipe éditoriale du livre que vous tenez entre vos mains.
Très vite, l’équipe autour de Yahya s’est agrandie, et la poète, traductrice et professeure Nada Sattouf l’a rejointe. Nous étions honoré·es que celle-ci accepte de donner de son temps et son expertise au projet. À cette étape-ci du travail, nous découvrons que la mise en recueil de ce livre est aussi fascinante que son contenu. Ce processus met en relief l’expérience du génocide et des transformations qu’il avait fait subir au corps du texte lui-même. La tentative d’effacement volontaire du peuple palestinien par l’occupation israélienne avait poussé Yahya à traduire ses textes en anglais aussitôt ceux-ci couchés sur papier. Ainsi, il pourrait partager son histoire au reste du monde via les médias sociaux. Ainsi, on ne bombarderait
jamais sa voix. Mais, dans l’urgence des déplacements, de la survie, le corpus arabe dont nous disposions à présent était troué. Il a donc fallu le rapiécer, grâce aux souvenirs et aux traductions de Yahya, afin que Nada et Elissa puissent travailler la matière poétique première du livre. De ce corpus arabe savamment reconstitué, révisé et remanié est né la traduction française.
Cette renaissance était trop émouvante pour ne pas vous y donner accès, cher lectorat. L’équipe éditoriale était unanime : ce livre devait exister dans les deux langues.
Il devait vous offrir la force poétique entière du texte et vous révéler toute sa profondeur culturelle. Nous espérons que vous les ressentez comme nous.
Voici donc ce qui a mené ce livre à vous. Une amitié qui s’est mue en des dizaines d’amitiés et une voix qui, nous l’espérons, rejoindra des centaines, des milliers d’autres. Je vous remercie d’avoir ouvert ce livre, et je fais le pari que ce n’est, pour Yahya AL Hamarna, que le début d’une grande carrière d’écrivain.
Colophon
Traduction : Elissa Kayal, Nada Sattouf, Alycia Dufour (révision).
Titre original : My Voice Cannot be Bombed.
Publication originale en 2025 par Iskra Books, Londres,.
Relecture par Merieme Mesfioui, Alycia Dufour.
Publié sous licence CC BY-NC-SA.
Version imprimeur
Une version papier de On ne bombardera jamais ma voix, mise en page avec InDesign et imprimée en Numérique sur Rives Tradition blanc naturel 250 g/m², Bouffant blanc 80 g/m² en 2 000 exemplaires lors du premier tirage par RapidBook — Corlet Imprimeur (ZI, rue Maximilien Vox, 14110 Condé-en-Normandie), reliée en dos carré collé, et distribuée par Paon Serendip est parue en avril 2026 avec l’ISBN suivant : 978-2-49353-417-0.
Cette version a été composée par Magalie Vaz (couverture), Chadi Marouf en Times (Victor Lardent) et Full~Times (Amélie Dumont).
Le PDF est à retrouver sur la version « desktop » de notre site.
Versions A4, A5 et A5 imposée
Design graphique en web-to-print par Amélie Dumont.
La famille de caractères utilisée pour composer ces différents PDF est la Full~Times. Ce projet est le fruit d’une collaboration entre la dessinatrice de caractères Amélie Dumont et les éditions Burn~Août.
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