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C’est les vacances, n° 2
- Personne d’autre ne parle comme toi, chérie
- Poèmes
- À propos de moi
- Drama Holic
- Brûle ta bouche dans une tisane aux joies de vivre
- JE M’APPELLE NUIT
- Pépito
- Le premier été
- Protection solaire
- Summer Snacks
- Café cigogne
- Sans titre
- J’ai toujours vécu en meute
- J’ai pas pris de vacances cette année et me voilà pas très bien
- Room with a you
- La pistache
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C’est les vacances pourrait être un cadeau pour celles dont les yeux sont bordés de larmes, celles dont l’état de tristesse se trouve aggravé par les beaux jours.
Quand toutes les autres semblent si détendues et passent leur journée au grand air, se baignent et rient dans l’air tiède du soir, pour celles qui n’éprouvent pas le moindre désir de sortir de leur chambre.

Ce second numéro de C’est les vacances s’articule autour de descriptions spécifiques ou générales de la vie quotidienne. Une vie qui ne cesse de lutter contre sa nécrose. Ce numéro propose une multiplicité de voix, des anecdotes qui n’ayant l’air de rien dessinent des mondes, des relations et des façons de le dire désirables. Après un premier numéro articulé autour de la colère, ce nouveau numéro est celui d’une résignation émancipatrice guidée par la voix intense et profonde de Dorothy Allison : Nos vies ne sont pas petites. Nos vies sont tout ce que nous avons, et la mort change tout. L’histoire se termine, une autre commence. Le long travail de la vie c’est d’apprendre à aimer l’histoire, les romans que nous vivons, les personnages que nous devenons à laquelle amiexs et inconnuexs ont répondu.


Personne d’autre ne parle comme toi, chérie
Eugénie Zély
La préface qui va suivre a été lue pour la première fois lors du lancement de C’est les vacances numéro 1, le 1er Juin 20232023 à Glassbox. Il s’agit de la version longue de l’appel à texte du second numéro.
Cet appel s’adresse à toutes les personnes qui souhaitent raconter leurs vies, se décrire dans le menu détail, expliquer leurs goûts en matière de mode ou de nourriture, leurs goûts en matière de personnes, de quoi est fait leur été, pourquoi elles vont ici plutôt que là, pourquoi elles restent, ce que ça fait. Comment elles aiment leur café. Avec qui elles vivent, comment leurs goûts s’arrangent du goût des autres. L’effet de la chaleur, des sécheresses sur leurs corps. L’effet des incendies sur leurs respirations. Comment elles oublient devant la mer.
Vas-y raconte-moi ton histoire, montre-moi tout ce que j’aimerais voir.
Duras dit quelque chose comme : d’un texte on est toujours coupable. Moi je dis que pour effacer le coupable, il faut supprimer la victime. Et passer un temps interminable à la définir.
Histoire Que se passe-t-il ? Personne ne déteste plus les pauvres que les pauvres elles-mêmes. La respiration de ma chatte très douce Je l’entends et c’est un cadeau comme la mer ou le soleil Donc personne ne déteste plus les victimes qu’elles-mêmes Tout le monde veut être coupable Plutôt crever que de ne pas tenir le couteau Récemment, hier je comprends que le besoin de réponse s’épanouit dans un contexte autoritaire. Plutôt crever que de donner la satisfaction à quelqu’un de te refuser une chose dont tu as besoin.
Vous allez voir, ça va être plus joli que si je m’étais contentée de vous le dire c’est-à-dire de le formuler décontractée à partir des désirs lus dans vos yeux.
Quand j’étais petite, j’avais le projet – le désir maladif – d’avoir du pouvoir. Aujourd’hui les filles de 93 ont 30 ans.
Le président dit : la démocratie c’est dire ce que l’on va faire et faire ce que l’on a dit. Dans le train je regarde ses cheveux blonds brillant sentir la vanille jusqu’à moi L’odeur du savon bon marché, sur nos peaux, dans nos cheveux, emmêlés 1993 2003 Est-ce les filles de 2003 sentiront l’odeur des filles de 2013, souvenir ému Odeur velouté synthétique, enfance dévastée (merdique), on dit heureuses, quand on le raconte. J’ai tout gâché je sais.
Depuis que je me suis extraite de l’endroit de l’extraction je ne cesse d’y revenir en pensée.
Je suis dans un lit, je suis toute nue et je me demande pourquoi les personnages ne cessent de perdre leur densité. J’ai fait un rêve : j’avais tout ce que je désirais. D’abord les hommes célèbres. Désirer des hommes célèbres ou s’en souvenir, c’est pareil. Ils deviennent des personnages puis cessent d’exister. Je suis allée visiter la dernière maison dans laquelle Delacroix a vécu avant sa mort. J’y ai vu une lionne empaillée en 2014. Elle était sur sa petite estrade, émouvante, morte-vivante (non plutôt morte, la taxidermie ne rend pas cet effet de survivance de quoi ? Du sentiment ? Ou du mouvement ?). Toujours est-il que ça sentait mauvais, probablement le jasmin, mais plutôt l’urine. Ça n’avait plus l’air d’une maison. Ni d’un atelier. Venez comme vous êtes, les assises de jardin en vente chez Leclerc 179,99 euros, je m’assois et je mange un Big Mac : mes souvenirs se déploient, sur ce banc CRTL V dans tous les recoins de ma vie.
J’ai 18 ans, toi 19. Je ne peux pas dire qu’on était amoureux, mais on adorait se baiser et je te croise par hasard sur la terrasse, tu m’embrasses pour la première fois en public. C’était juillet, il faisait chaud, il y avait du monde. C’était après le 14, on était rentrés ensemble du bal des pompiers.
J’ai 22 ans, tu viens de te suicider, on n’a jamais baisé ensemble, mais on a grandi ensemble, je pleure la bouche pleine. C’est le jour où j’adopte la petite chatte.
J’ai 52 ans et je t’aime, une main sur le vinyle marron et chaud du banc, l’autre contre ta joue. Marc Lavoine ou Damso 911 en fond sonore.
Love yourself les connards.
Plusieurs éléments séparent un personnage d’une personne. La réciprocité, un personnage ne nourrit aucun sentiment à propos d’une personne, les personnes nourrissent des sentiments à propos des personnages (de l’identification à l’amour). La continuité, de fait vous existez en continu alors qu’un personnage existe relativement à sa fonction donc son effet sur les personnes (à un niveau métanarratif de leurs points de vue) et sur les personnages (à un niveau narratif). Toutes ces vies produisent des effets qui déterminent des trajectoires.
Mon désir profond n’est-il pas de devenir une personnage ?
Le temps passe et ne produit rien et je regarde le visage de Delacroix, la sculpture de son visage, assez longtemps. Assez pour essayer de me figurer que lui, comme la lionne, s’est animé un jour. Je pense à Lily Briscoe.
Je n’oublie pas celles qui se lèvent tôt pour un salaire.
Pour en venir au fait : des textes on ne garde qu’une ou deux impressions, celle d’une personnage, celle d’un paysage. La plupart du temps on ne sait pas vraiment de quoi il s’agissait. On peut, mais on se trompe ou on ment, on s’arrange avec ce qui reste. Lily Briscoe est mon souvenir de la promenade au phare. Première apparition : elle peint Mrs Ramsay (qui est morte, on est dans le souvenir de Lily). Ce moment de peinture, les roses derrières Mrs Ramsay je peux les sentir. L’air salé. Il n’y a que Mrs Ramsay et moi pour aimer Lily. Il faut bien qu’il reste quelqu’une pour la décrire. Ça faisait longtemps que je n’avais pas pensé à ce vers de Sappho : Quelqu’une, plus tard, se souviendra de nous. « Comment tout cela pouvait-il donc se faire ? Comment jugeait-on les autres, comment pensait-on à elles ? Comment ajoutait-on tel trait à tel autre et concluait-on que c’était en définitive de la sympathie ou de l’antipathie que l’on éprouvait ? ». Quand je parle des personnages, des personnes mortes qui sont des personnages, des personnes vues et décrites qui s’exposent. Je feuillette distraitement Delacroix et son temps, je vois son visage, je me rappelle le potelé de ses joues. Et des gouttes d’eau sur le torse d’une femme, faites de touche de peinture pure : vert, jaune, rouge, qui à courte distance donne l’effet d’un ruissellement. Du sang, de l’urine et du fond vert. Sale et projectif. La femme ruisselante se trouve dans une barque. Deux cents ans entre nous. La lettre de suicide de Virginia Woolf à Léonard. Un couple douteux « deux personnes n’auraient pas pu être plus heureuses que nous l’avons été » : question de circonstance, chérie mon amour. Et je me demande si Lily aurait peint les gouttes vert-rouge-jaune ou si elle aurait simplement peint une trace bleue pour dire que cette fille est mouillée et désespérée et déjà morte (la mer et le ciel).
Je fais de mon mieux, je suis brave et mignonne et je ne comprends rien. Je me recoiffe et je pleure. Comment reconnaît-on son histoire ?
J’adore entendre une personne parler d’elle, elle parle, elle raconte sa vie, pourquoi elle a choisi ceci, cela, dans cet ordre, elle se justifie, trouve des relations entre comment sa mère pelait ses oranges et comment elle déteste les oranges, en fin de compte. Elle me dit qu’on dit d’elle qu’elle n’existe pas, elle précise : les personnes comme elle. Qu’est ce ça veut dire ?
Ça veut dire : mal élevée. Ça veut dire que j’aurais laissé de petits mots désagréables. Délibérément pas claire. Ça veut dire : je suis très problématique, toxique, perverse. Je n’arrête pas de parler de moi. Je suis fière comme si Je n’ai aucune thune
Ma mère (ou peut-être que c’était la sienne) disait : quand on est blessée, on a deux options, soit on se fige et on devient aigrie soit on aime plus, on persévère. Moi j’ai choisi l’amour. J’en avais marre je voulais décrire des rapports idéaux. Bien sûr qu’ils m’ont ratée. Certaines chansons me rappellent l’ancienne fraîcheur de mon âme. C’est difficile de défaire un sentiment d’amour qui relèverait plutôt de l’emprise : c’est chez toi ma chérie même si on a jamais pu te blairer.
Emprise, mot courant dans les tiktok pseudo thérapeutique new age
L’emprise désigne en droit la mainmise de l’administration sur une propriété privée, sinon elle désigne la domination intellectuelle ou morale sur une personne. Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis. Penser c’est surcôté dit Pamela Anderson, Tu te souviens les pare-brises recouverts d’insectes morts en été ?
Je n’éprouvais rien du tout.
Je finis toujours par me retrouver du côté des coupables, c’est une partie de mon identité, la main sur le couteau, c’est aussi une structure discursive. Je peux oublier, je peux me souvenir. Je suis quelqu’un de bien, je sens l’eau de toilette
Scorpio, c’est donc l’odeur de mon émotion que je porte. Calme toi, encore une mère Pile ce à quoi je m’étais toujours attendue tu penses savoir ce qui se passe, savoir à quoi t’attendre. Tu te relâches juste une minute et c’est là que ça arrive. La vie fait volte-face et te donne un coup de pied au cul.


Poèmes
N’aimer plus
lune cloître le début ruine la fin échapper le siècle s’en prend aux souvenirs désastreux PayPal musique d’orgue chapitre claquer l’ordinateur atrophié alors seulement
Dans mon rêve
j’ai évité son visage esquivé sa peau très attentivement l’inconscient se débrouille sur tout ce qui passe centimes 10 une dent qui tombe tes aveux à cran
Violet-rose
l’intérêt de choisir le bon vernis irisé pour écrire correctement la lente agonie attendue sur les murs de la banque le poster en papier glacé contactez votre médecin 24/24 7/7 elle me dit en cas de décès l’argent va au bénéficiaire je la regarde mes ongles en feu
Ouigo vie
le propriétaire d’une valise en provenance de parismontparnasse parisgare de lyon parisgare du nord à l’eau de rose de dead zone vos noms et prénoms sans surveillance signalez nous tout j’imprime rien jusqu’à toi
À propos de moi
Mante
Sans prise de tête : homme dansant, je fais de la musique quand je suis inspiré. Dm moi.
On va au bar, bière ?
Je suis grand, j’aime marcher/faire du velib.
En tourisme, vous avez des idées ? Je veux juste rigoler, envoie.
182,88 cm (180,34 cm), en études et fetard, j’amène la bonne ambiance : « Michel c’est le lapin qui cherche sa lapine », lapin.
J’ai des connaissances en chimie que tu n’as pas. Ici pour toucher des cerises, passioné de bon cinéma, musique : tu es la meillleure et tu mérites le meilleur fantôme.
Aucune prise de tête, je suis juste ici pour rencontrer des gens et passer un remake de Jet Set Radio, un tailleur de mot à prendre ou à laisser.
1m85 et 1m80 cherchent appareil photo avec flash : balance.
En camion de pompier, moto… eh bien, je veux juste me comprendre moi-même. Je vis de voyage, d’aventure et de fleur de lys.
Je t’adorerais belle et un peu bête.
Je suis coach sportif. La cléf de beaucoup de chose, c’est le jeune homme en manque d’affection. 1m85, amateur de musique, de visage, de chapeau de cow-boy et de dictateur, like si tu veux en decouvrir plus sur moi ;) Passioné de voyages, d’humour et de France, je cherche une personne dispo pour manger, une partenaire pour mater Ce soir (ou jamais !). On aura plus de chance de se rencontrer.
1m82, taille certifiée par huissier, je suis ton futur rugbyman préf : visage loufoque et football de rugby.
Je suis plus sensible que tes eins visage à l’envers. À prendre avec ou sans lunette : hibou calme, timide, passionné par les jeux vidéos… t’as touché, tu achètes. Au feeling mesdames ! Homme/garçon français : sur un malentendu peut-être.
Hyperactif à l’humour bien beauf, je frôle le mettre 80 mais je manque quand l’éclair est le tonnerre sans latence. Zappe, tire sur mon doigt : 1m88.
Pas de photos d’abdos saillants avec moi (tu ne devineras jamais mes origines marines, océanes), j’ai la main verte et bricole comme un chef français du sud ensoleillé.
En ce moment, j’ai le visage souriant aux yeux souriants.
Avantages et inconvénients de sortir avec moi : je viens littéralement de m’installer. Paraîrait que je suis trop difficile mais oui, je suis commme tu as vu, un petit musicien satisfait (classe d’écriture et de femmes qui prennent des initiatives avec un nouveau).
Tu dis grec ou kebab ?
Animateur enfance intelligent, cool, peutêtre mignon, c’est à vous de décider. Je suis 1m95, parfois timide, parfois direct. Tu as une chill and good vibe, après on verra : bière, verre de vin, herbe… Ondes positives en croissant, pain baguette, en quête de belles rencontres et de bons citrons, tu peux passer ma porte si tu veux. 1m77 … et toi, combien tu pèses ?
1m85 : ceci n’est pas une description.
Période de recrutement ouverte : du caractère et de la provocation svp. Avec Arrête-moi si tu peux, « l’amour peut décevoir, la raclette jamais ».
Cherche pas, je suis petit.
Pendant des heures, je bois des cocktails, je fais des trucs, des disquettes. Swipe jusqu’à la dernière photo pour l’amour de ma vie, mon ex femme. Elle est tombée d’un pont et a explosé. Elle danse la samba.
Je réponds sur insta, Insta. Mon chat sur la 3ème, moi, la vie comme elle vient. Viens parler, je ne suis que du bon temps ! Que ce soit un petit bubble ninja mercredi / jeudi deux dulcinées qui scintillent, un réserviste qui salue.
Je dessine et étudie les arts. J’aime l’humour noir et les coupes basiques et passioné de moto, prêt à communiquer alors envoie un texto miss.
Je cherche la partenaire idéale : soulagée et rougie !
Gastronome, je m’applique à dévoiler les sushis avec moi.
Dans un aéroport ou dans la rue, je change d’avis. Ça peut décrire ce que je fais dans la vie. 1m90, je fais la roue et les mangas, rien de trop sérieux.
1m67 mais j’suis drôle. Je me suis perdu. Mon visage fond en même pas 3 centimètres. On ne force pas un amour, on l’éveille. Présent mais timide, je mise plus sur détester la monotonie. Quel genre de musée voulez-vous visiter ?
Je cours pour que vous ne soyez pas célibataire, occupée à diriger une entreprise de technologie là pour liker n’importe qui.
Amusons nous, lutin souriant !
Je compose au conservatoire sportif un message original ? D’accord.
Je cherche quelqu’un pour découvrir la ville. Formation : j’aime les choses simples comme chercher une fille pour passer la soirée.
À la recherche d’un CDI d’amour véritable : une chance sur deux, innocente.
Architecte hybride et nuageux, ordinateur, compétiteur de lutte par moments, homme cuisinier, mais si tu le fais, n’oublie pas que tu n’as plus le gentleman d’une certaine intelligence émotionnelle.
On dirait pas comme ça mais je suis grave. Je ne bois pas d’alcool mais je t’inviterai au cinéma et à m’endormir, voyager, boire : un vrai rugbyman d’insta.
Je ne mange pas un tea en aprèm ou en after à 5h du mat. Que du second degré ici s’il te plaît. Frère de gym, les jeux vidéo, je ne bois pas et ne fume pas, ça me fait transpirer et vous emmener faire des trésors cachés de notre sublime.
Tout sur le J-rock, l’anime et l’art : j’aime bien le son français, la main de la victoire, l’anime, les mangas, les séries, les voyages, manger, les podcasts, la radio, la techno. Homme-mallette, je cherche quelqu’un, quoi, qui, comment ? Remarque : je danse bruit fort et musique allumée ! Pour voir mes quenottes il faudra matcher.
Oui j’ai aussi une tête ! On peut courir ensemble aussi. Tatouage, seringue, arbre à feuilles caduques, tulipe, cuisine, ragoût, spaghetti, ig, quel est votre langage amoureux ?
Je préfère discuter autour d’un verre que de mon humour et de mes épaules. Au moins au plaisir de faire les 400 coups ensemble.
Mes petites compétences en conversation sont parties un jour, ils ont dit. C’est con, vous sortirez avec moi le temps de la soirée idéale : un bon restaurant en France mixte,nous et JP.
J’ai pas de prise de tête, ou simplement boire un verre, se balader en nature ou discuter avec des grandes femmes muses, intelligentes et françaises.
Tu es une punaise ronde, un avion lorsqu’il n’est pas allumé.
Je suis chef cuisinier français, 1m80, 75kg de sourires. Si je t’aime beaucoup… c’est très probablement mon chat.
Je suis cool, promis !! Viens boire un verre, une boisson tropicale, un cocktail, un fontainebleau, punaise ronde.
Des cocktails, manger des pizzas, lire : je vis pour la musique. Surfez sur le succès.
Ici pour casser la routine.
Ça va.
Ps: si t’as une terrasse pour bronzer dm moi hmm … mais ça va si tu fais une de ces choses endiablées sur deux roues !
3DCG, guitare, jeux vidéos en général, les drapeaux, laissons nous la surprise ! Bento, spaghetti, amateur de gastronomie et de vin, trinquez Madame.
Si je ne réponds pas : boxe, rugby, 1m87.
Je reviendrai. Ça fait 20 ans en bonne compagnie.
Je cherche la vraie affaire.
Attention je mords, alors t’as pas intérêt à t’ambiancer, amusante et respectueuse des nouvelles personnes surprenantes.
1m90
1m92
Fan de parfum cherche gymbro au passage.
Je ne termine pas les livres, élagueur-grimpeur, nous.
Aussi je suis introverti et parfois socialement, avec l’été qui bat son plein, je suis en quête League Of Legend. Oui je peux le faire. Bientôt chez France Inter, je pense.
Admirateur et protecteur, les deux dernières empreintes de pattes c’est cadeau. Donc oui j’ai un fort caractère français.
Fan de manga et de l’univers.
Grand sensei du bo bun, ramen et lasagne mais jusqu’à ce que je trouve celle-là, potentiellement ouvert à moquer mon prénom.
Niveau sortie, je suis autant team soirée bar, malin, gentil, solide, habile, un fauteur de troubles primé, une tornade, le shibari artistique. Vivons heureux, un cocktail préparé par toi sans prise de tête !
J’ai préféré l’entreprenariat aux études.
Je prie maladroitement le tout avec une bonne dose d’humour d’une compagne pour m’accompagner dans ig, IG :3
Et accessoirement j’ai besoin de quelqu’un, Marvel et Harry Potter.
Sinon je fais 1m81, j’adore le sport mais appelle moi pour quelque chose de plus décontracté que soirée film popcorn etc. Responsable et curieux, un chanteur semi-professionnel… uniquement sous la douche… douche.
Cc, entre pour aller au théâtre avec moi :) 1m86 : on va boire un verre, sortir et boire des coups, des bières ? Mais ce que j’aime avant tout c’est rire.
La fameuse question « alors les amours » sur Instagram à danser jusqu’à l’aube, à se découvrir chercher des amis, ou une personne qui a les nounours musclés ou rugbyman, viens me parler ;) Viens me faire visiter ton lit.
Je ne veux pas de famille ? Be real.
J’ai un bb chat et des nouvelles saveurs à rire aux éclats, alors mêmes intérêts que moi ! Je vous ferai rire en français et en anglais : miam, mannequin muscle, pas connaître ton coeur mais ton corps.
Je suis ton homme. Ensemble nous pourrons être autodidactes, amoureux de la nature et d’Insta. Ça m’intéresse de temps en temps, parfois à faire de chaque soirée une fête inoubliable.
Voici mes albums préférés au cas où vous voudriez :
Épicurien — 420 : soleil avec visage
J’ai assez d’amis aussi c’est important de lire.
…Grand philosophe dans l’âme…
Ou même dans le sud, sûr de chaque journée, me découvrir une nouvelle vibe lol
Précis apparemment ahah
Attentionné et sincère : une visite guidée de ta piscine pour la Côte d’Azur découverte, étoile frappée. Je le vaux bien… fais-moi confiance.
Vérifie si je sais nager, visage froid et sourire en sueur.
Appareil photo avec flash, L’inspiration est morte.
Prenons un verre et voyons ce qui va se passer, fille numéro. Dans 72h max on se voit, peu importe ensuite, l’endroit. Toujours vierge en toute sécurité ?Appareil photo avec flash.
Si tu matches BRAVO, tu as juste à envoyer A, B, C ou D lors de ton premier message visage avec la main sur la bouche.

Drama Holic
Ugo Ballara
Le Ouigo, la gare, moi et ma valise à roulette dans le centre pavé. Mes mains qui palpent le plastique pour se persuader qu’elle tiendra. Bus 6 direction plus loin, je traverse de larges avenues dix-neuvième flanquées de marronniers, derrières lesquelles s’étalent des maisons de maîtres : compète de moulures et de portails à fioritures. J’imagine que je suis jury d’un concours et j’établis mentalement le classement du plus beau zizi du boulevard des grosses teubs. Terminus, les constructions sont plus modestes. Je longe des petits pavillons sixties cernés de géraniums dans lesquels s’égosillent des oiseaux en plâtre. Les à-coups poussifs du portail automatique.
Ma valise que je traîne à l’étage sans rien déballer puis le lit sur lequel je me jette. 19h10, soupe d’endive, roulés au jambon, tarte aux quetsches. Le JT régional parle des mirabelles, particulièrement grosses cette année en raison des litres de flotte qui se sont déversés sur la France. On me demande d’en cueillir dans le jardin quand j’aurai un peu de temps, il y en a tellement que les branches caressent la pelouse. On en fera des gelées qui s’entasseront dans la cave en prévision d’une pénurie mondiale. Le goût des fruits survivra sans doute aux arbres qui les ont engendrés.
Un renard pétrifié dans sa course monte la garde au-dessus du meuble télé. Des images de canicule défilent. Je constate l’impossibilité d’illustrer la chaleur sans poncifs. Un homme s’arrose la nuque avec une bouteille d’Evian. Un groupe s’abrite sous l’arbre d’une place déserte. Des gouttes perlent sur un front derrière les vaet- vient anxieux d’un éventail ajouré.
Les vraies catastrophes manquent cruellement de télégénie. Elles s’étalent mollement dans le temps et ne s’offrent que rarement en spectacle. Un tsunami, ce n’est pas une grande vague pleine d’écumes qui s’abattrait sur les côtes comme la foudre. C’est juste une mélasse brune qui monte et qui embrasse tout. C’est implacable, mais c’est mou.
Mes doigts qui glissent sur l’écran fissuré dutéléphone. J’ouvre machinalement Grindr en sachant que je ne ferai rien. Ego trip ou thérapie, chaque notif pénètre joyeusement mes oreilles, comme des promesses. Sans grande conviction, je prends connaissance des salut aimes-tu plan daddy BM ? et autres Actif bonne teub ch lope fun cool sympa, évidemment sans aucune photo pour illustrer l’assertion.
Crrrrruui, crrrrruuii, je me demande d’où vient ce son qui agit sur mon corps comme un réflexe de pavlov, une version chiptune d’un arpège de xylophone désaccordé.
Je tombe sur l’origine du logo, un masque jaune sur fond noir qui rappelle vaguement une cagoule SM. Joel Simkhai, le fondateur de l’application, voulait une image de marque « virile et résistante » au design « agressif et puissant ». On ne peut pas nier la réussite du branding masc for masc. Je découvre que Simkhai est le fils d’un diamantaire qui a débuté sa carrière dans les fusion-acquisition. Je me demande quelles pourraient être ses Tribes.
Je bifurque sur insta pour rester dans le thème. J’inspecte des abdos bien secs qui s’agitent sur des chorées débiles. Je vois des corps tendus sur les bords accidentés d’une mer luisante, des fesses bombées dans des slips trop étroits sur des pourtours de piscine. Tout ça dans des intrigues téléphonées qui ne sont évidemment qu’un prétexte. Je me mets à diguer des profils d’artistes mannequins, des bellâtres qui se fabriquent post après post une persona de génies créateurs. La peintoche dégouline sur des plastiques rutilantes et Lady gaga est sous stéroïdes.
J’ai l’impression de me faire aspirer dans le siphon de l’algorithme, alors j’essaie vaguement d’esquisser des catégories. Il y’a d’abord les expressionnistes abstraits, des culturistes qui
aspergent des litres d’acryliques sur des toiles XXL dans des penthouses de Floride. On est dans le performatif, le geste est taylorisé : d’un coup de pinceaux, le mec expulse des kilomètres de
vert fluo sur une surface vierge, le biceps crispé comme une corde de Gibson. C’est mauvais, c’est viril, et ça n’a absolument pas la prétention d’être autre chose.
À l’autre bout du spectre des démiurges à gros pecs, il y a les néoromantiques, des gribouilleurs de mansardes qui feignent la sensibilité. Leurs corps sont grands et sveltes, plus préraphaélites que basic-fit, moins ostentatoires mais tout aussi trouducs et persuadés de leur génie transcendantal. Je les hais tous mais ça m’excite.
Je ne sais pas ce que ça fait d’être un mec comme ça dans un corps comme ça. J’aimerais bien essayer, juste une journée, grand max. Sentir comment mes deux bras se coordonnent dans le vide. Voir mes mains ceinturer l’argile pour modeler des vases en forme de bite sur des tours de potier. Écraser l’une après l’autre des pointures 45 sur le flanc d’une calanque. Alterner calmement jambe droite, jambe gauche, puis regarder l’horizon comme si j’y étais déjà. Porter des vêtements moches mais ça tombe quand même bien parce que les épaules et lecul l’autorisent.
Moi je marche comme une petite pédale pressée et je n’ai jamais su faire autrement. Je maudis le miroir qui refuse de me ressembler et réalise que mon envie d’écrire apparaît souvent dans la jalousie. Un seum aussi intense que primaire. Il disparaît au moment où j’essaie de le formuler, comme si les mots en balayaient la poésie. Je me sens moche et con sonnait mieux dans ma tête.
Le bruit des gens qui dorment et de mes dents qui grincent. Je défais le lit pour pouvoir m’y glisser. On dirait que le matelas est dans un emballage sous vide. Je m’envisage comme un Jambon Serrano finement tranché qu’on aurait acheté au duty-free d’un aéroport. Je ressens les turbulences au fond de la valise taille easy-jet et à travers le plastique translucide qui me corsette. Ça me berce un peu mais impossible de dormir et maintenant j’ai la nausée. J’écoute le bruit continu et réconfortant des trains de marchandises qu’on discerne par la fenêtre. Ils dessinent phoniquement les contours du quartier. Ça ressemble à du silence mais c’est plus enveloppant, un peu comme le ressac si on force la démence.
Quand je fais des insomnies, mon truc est d’imaginer ma mère en pleurs. J’élabore tout un scénario. Une dispute dans laquelle je lui balance des atrocités après avoir pris la mouche. La discussion dégénère et je lui dis tout ce qui la fait souffrir, c’est à dire à peu près les mêmes choses que moi. Je remonte graduellement le cordon des névroses et avec lui l’échelle des larmes. Si ça ne marche vraiment pas je level up : j’imagine que je me suis suicidé et qu’elle découvre mon corps sans vie. Elle est évidemment inconsolable.
Je repense à Tout sur ma mère et au désespoir de Cecilia Roth. Ce n’est que le début du film. Madrid est sous la pluie et son fils vient de se faire faucher par une voiture en tentant d’obtenir un autographe de son idole. Ce n’est que le début du film, mais on s’est déjà attaché à l’adolescent qu’on croit être le personnage principal. J’entends encore le cri maternel et toute la douleur qu’il déverse quand elle voit son jeune Esteban gisant sur le bitume humide. Un « _hijo mio_ » qui semble déchirer la paroi des organes vocaux, incapables d’en maîtriser la puissance. Dans la scène, le son est dissocié de l’image, le hurlement devient une entité autonome. La mère pense que son fils n’est pas encore mort mais son cri le sait déjà, il n’y a plus aucun doute possible.
Je repense à ce sanglot et à celui que pourrait faire ma mère. Il serait différent bien-sûr, moins guttural, légèrement plus aigu, avec davantage de panique dans les intonations mais tout aussi terrible. La tourmenter virtuellement n’est pas une fin en soi, c’est plutôt une preuve. Ce qui m’intéresse, c’est davantage sa réaction au drame que le drame lui-même, l’expression de son humanité et de la mienne dans la tragédie. Quand je regarde ma mère qui me regarde mourir, j’évalue mentalement l’amour qu’elle me porte et ça m’apaise comme un tramadol.
Il est trois heures et quart et ça ne fonctionne toujours pas, impossible de fermer l’oeil. J’ouvre mon ordi et me met à visionner des images de catastrophes pour affûter mon empathie ; je regarde des litres de boue envahir des villes balnéaires, des tonnes de béton s’écrouler sur des quartiers d’affaires et je pleure sans interruption comme Cecilia Roth et ma mère. Assouvir ce désir lacrymal me procure un soulagement intense et efficace, qui pourrait presque justifier l’aspect douteux de la méthode. J’éponge mes joues et j’essaye de me rassurer. Le disaster-porn est une catharsis et c’est mon endorphine, même si les drames qu’on voit ne ressemblent jamais aux drames qu’on vit. Les draps mouillés et mes yeux qui se ferment.

Brûle ta bouche dans une tisane aux joies de vivre
arty chez mamie
La meilleure journée des vacances c’est la veille du départ. La mère d’Amélie nous emmène à l’Aquatruc et on se serre à l’arrière, Jennifer sur mes genoux, Cynthia au milieu et tant pis la ceinture. Au fond de la mine qui a fermé, la Mairie a fait couler assez d’eau et de ciment pour fabriquer une méga-piscine multi-complexe redynamisation régionale full-garantie. Je parle pas de friche urbaine dans une vieille gare steampunk réaffectée pour bobo en mal d’urbex, je peins le tableau type du début de récit des transfuges de base donc reste concentr sur le décor : c’est pas du sale ni vintage patiné, ça brille puis c’est beau, tous·tes nos mort·es du charbon maintenant noyé·es sous le béton. On partage l’urine et les verrues dans les hectolitres de chlore. On troue nos maillots sur les toboggans, on bronze parce que c’est ça qui est important la délimitation du ciel sur les hanches pas la couche d’ozone ; et au retour, vitres ouvertes, on gueule sur la rocade ME GUSTAS TU. On comprend les paroles vu que de là d’où on parle, point de vue situé ; on n’est pas des ploucs. La mère d’Amélie c’est la plus belle, elle fait de la muscu des ménages parfois la cantine au collège et elle a un tatouage trop classe sur l’épaule, elle s’est fait refaire le nez à cause de la bosse dessus que moi j’aimais bien mais bon.
Les goûts ça ne se discute pas : le vin rouge se vomit mieux si on le mélange au coca, rien n’est gratuit — les deux-roues qui mènent aux fêtes de villages y compris, l’essence se siphonne ou tourne la tête lorsqu’on la renifle au réservoir, l’Amazone laisse entrer sans demander de pièce d’identité ; que des vérités.
Mais ce soir on va au Scarabée et c’est la mère de Cynthia qui conduit. Pendant qu’on drague le DJ dans la soirée-mousse, elle fume des clopes à l’entrée avec le videur ; après elle tape une sieste au chaud de sa Twingo et toujours elle attend jusqu’à la fermeture pour nous ramener safe, la mère de Cynthia c’est la plus cool.
Le départ le lendemain c’est les grandes vacances vraiment, ça veut dire serviettes collées aux beignets de la Méditerranée. Toute l’année on regarde des meufs se regrouper dans les films d’Almodovar et l’été on traverse l’écran de l’adelphité. Charger le coffre, chercher la bande nostalgique, descendre les vitres, tirer le soleil du goudron et arriver en sueur, entre filles. Les courses en vitesse, une première plage à la hâte, manger maillots mouillés mycose assurée. Les repas pris sur le pouce — on fait pas compliqué : poivrons à l’ail tomates croquées au sel, lécher l’acidité des doigts, entre filles. Tuer les aprèsmidis à l’ombre, creuser des siestes, étaler la crème contre les mollets craqués et lire l’avenir sur papier glacé. On quizz pour savoir qui est la plus bonne au sein du magazine de sable spécial cul, là où tu gagnes des points si t’as un bonnet B et que ton prénom finit par la lettre A.
Les mères qui rient entre elles sont les fracas du muscat à l’interstice de gardes alternées, des étoiles rassemblées autour de leurs mots croisés, ça respire sans E muet, elles chantent : allez, lisez-nous l’horoscope teh ! Est-ce qu’on va faire des rencontres cet été ? Remarque, on est bien comme ça aussi, sans mari. Entre filles. Non ?
Si.
À défaut de fame comment devenir mondaine
L’été c’est amour-argent-santé ; assis sur le trottoir, des gars se disent le futur. L’été c’est le travail à la capitale c’est Paris et Paris l’été s’habille mal. C’est la faute à celleux qui restent, les vieilleux les éclopé·es les stagiaires les salarié·es de première année sans congés, les soignant·es, les remplaçant·es, la faute aussi à celleux qui font que passer en tâchant la mode, les touristas, les provinciaux aka de région. Les comme moi.
Qui suis-je pour juger vos goûts de merde. Ce que j’aime moi c’est le soluble décaféiné, celui qui rappelle le camping l’été c’est ça le carburant des vacances. J’ai la gerbe des histoires de piscine à débord dégueulant sur l’océan, de ta story au rosé déniché sur un petit marché et tiens une photo de mon pied dans un hamac, sous-titrée d’un poème sur les problèmes fiscaux qu’on charge les cigales d’effriter. L’indécence du Francilien en dehors de son habitus. Je nidifie ici, parmi les vraimenttoutesseul·es je reste, je paie mon demi-poulet et ma demi-baguette, ainsi par télépathie je dîne comme en tête-à-tête avec un·e inconnu·e et sur l’Ascension je reste là, à rager mes ongles parce que je manque terriblement d’ami·es riches.
Toi tu te lèves, tu te casses et après tu vas où. À qui il sert, à quoi bon ton balcon à dix SMIC le mètre carré, si t’y es pas quand c’est enfin le soleil parisien. Moi aussi je veux la rando au beurre salé et la rivière de l’arrière pays. Elles sont où vos maisons à résidences artistiques faut liker qui pour être invité·es. Je veux être convié·e au chalet d’été et à rider les juments du confinement. Note pour l’an prochain : ne pas dire à ses potes bourgeoiX qu’iels manquent de conscience de classe, rappelle-toi qu’iels ne manquent de rien.
Il s’agit de capter les règles du bon goût de la révolte modérée. Je corrige mon accent, pense habitat collectif’anh et conjugue le futur en yourt’anh.
Pour me faire aimé·e en société je peux sous-louer mon atelier en juillet, tout en restant vague quant à mes échappées transatlantiques, glamouriser le RSA depuis le potager de ma villa, sensibiliser aux inégalités en imprimant des stickers je suis alliéX et m’offrir un city break pour le plein de vitamine D en février et porter un bleu de travail chiné sur mon col blanc made in là-bas.
Et faire mes courses avec un panier en osier et décorer la vitrine de mon food truck avec des cagettes en bois, et poser des strass sur mes ridules et des paillettes sombres sur mes pommettes comme si c’était du suif et que je sortais de la mine sauf qu’en fait je rentre de manif ou d’after ou les deux, ou d’un ouikend chez des ami·es qui ont décidé de tout plaquer direction {Marseille-Bordeaux-Nantes}. Je peux consommer des nuggets de pousses de soja, décolorer mon mulet, tatouer 1312 sur ma cuisse et remonter mes chaussettes trois bandes sur mes tibias pas épilés car c’est à la longueur du poil qu’on mesure la durée donc la profondeur de mon engagement militant.
Oui aussi à ma meilleure vanlife, à voler végan dans les épiceries locales, oui même à me rendre en taxi à une fête organisée dans un squat en soutien à rien avant d’avouer que cette nuit a changé ma vie.
Je peux plaindre les gens qui ont des boulots et adopter les codes verbaux des prolo en faisant fructifier mon héritage sur livret A. Je peux taire les étrennes de ma grand-mère et porter une casquette CGT sans me syndiquer vu que je suis freelance c’est pas pareil ok.
tout ça
évite de m’inquiéter du jour où je vais cramer très fort
un hiver invincible au milieu de l’été
On y est. Je soigne mon burn~out au fond de l’ancienne infirmerie d’une usine abandonnée. C’est une ex~cimenterie réaménagée, idéale pour shooting de photos carrées sauf que zone blanche égale zéro 3G. Un spot parfait pour néo~ruraux en quête de projet anar~collectif extra~mûris, une extension du périph au coeur d’un indus~paysage post~apocalyptique pile en sortant de Montreuil tout de suite à gauche. Et encore à gauche. Encore. On y est.
On y a fait des études de riche classe moyenne aux parents de gauche et on méprise celleux qui ont fait des études de riche classe moyenne aux parents de droite. On est monté à la grand’ville, depuis on parle pointu et on crache dessus. Entre nous on se plaît. Je te plais ? Toi tu me plais. T’es mon genre obligé. T’es le genre à flamber.
Mon genre c’est peu importe la chair, je colle les seins soufflés d’hormones je lèche les torses aux ancres post- opératoires. Que les joues soient douces ou qu’elles repoussent le jour en affrontant le laser, me gustas tout. Je prends le chemin des cicatrices, peau à peau je dessine une carte routière de sentiments et fais du corps avec tout genre de gens. Mon genre d’emballage c’est des Doc aux pieds et Poétasse imprimé sur un tote bag ; direct ma langue se dresse. Mon genre de crush c’est la performance TPG au kink bullshit, je me crash au seuil de la philie du cuticule, je flaque vers celleux qui étirent l’angle aigu de mon empreinte. Mon épiderme retiré démange et demeure un {champ à compléter}. Mon genre de gens c’est celleux qui me dépècent l’ego afin d’en faire des cocottes. Les plaies ouvertes qui s’embrassent fusionnent et mon genre c’est la beauté fondue pétée. Je fais dans le strabisme, les dents pas alignées et les nez cabossés. Je veux être læ plus sexy du trouple. Mon genre c’est la palourde régurgitée, le déchet d’IST que tout le monde s’est refilée sans savoir où l’enterrer.
Tout bien carbonisé·e je me dis : l’anarchie romantique pourquoi pas moi, alors je me reconvertis en coach de séduction queer. Grâce au développement antipersonnel je réalise que vivre une existence estivale infinie ne consiste pas seulement à savoir traverser les rails du métro sous canicule sans claquer. C’est une question de timing et c’est pour ça que c’est rassurant la fin du monde : il y a une deadline. Or face à la ligne de la mort on a deux réactionspossibles :
Dans l’équipe A : on se bouge le boule on agit, gogogo les petits gestes ça se responsabilise ; certes on se repose moins sur le collectif, ça individualise un peu la lutte et on caresse des briquets tempête au bord des dyke room au lieu de passer la trêve à la chaleur du banquier qui brûle mais j’essaie d’intégrer l’équipe B : celle qui trouve que c’est reposant de ne pas avoir à penser la prospérité des perspectives - cela ne veut rien dire c’est pour formuler en langage des intellectuel•lles que j’en ai rien à foutre qu’on va tous·tes crever.
Il y a des avantages à ne pas se mettre la pression, par exemple tu peux écrire des textes éclatés tu sais qu’ils seront pas lus longtemps ; typiquement nos essais ne seront jamais étudiés au bac de français.
La faute à l’inflation du papier, même tes camarades n’achèteront pas ton livre + de toute façon d’ici 3 ans y’aura plus personne pour incendier ces pages et cette revue-là finira comme les autres, en racines, alors
burn flower~fucker composte-ces lignes après usage fais pousser une infusion~positivité et intoxique-toi avec. Santé, joie de vivre & bonnes vacances.

JE M’APPELLE NUIT
Elsa michaud
Je suis seule en montagne depuis plusieurs semaines. Chaque nuit je sors marcher. Pour voir la lune se refléter sur les pierres blanches du sentier. Pour avoir la sensation d’une fausse nuit américaine. Cette nuit il n’y a pas de lune. C’est la nuit noire. C’est la nouvelle lune. Je sors de la Mercedes noire et c’est la nuit d’encre. L’épaisseur m’entoure. J’inspire la nuit, elle entre par mes narines et remplace mes fascias, la membrane même de ma chair. Je deviens la nuit, je m’appelle Nuit.
{ Chanté }
{ Mais au loin je vois les phares allumés d’Amy, ils sont rouge sapin vert Ford Mais au loin je vois le Range Rover de Jamie, il est rouge sapin vert Ford Mais au loin je vois le corps allongé d’Amy, il est rouge sapin vert Ford Mais au loin je vois le corps aimé de Jamie, il est rouge sapin vert Ford Małgorzata ne voulait pas Elle est en train de regarder les anomalies des vagues Elle est en train de regarder les anomalies du drame }
Plage
Je suis seule dans un lit de rivière. Les parois sont en schiste. À ma droite il y a une cascade haute de trois mètres. À ma gauche il y a une cascade qui plonge de trente mètres. Il fait chaud. Je suis en maillot de bain. Je lis. Le soleil cogne. Mes cheveux sont tirés en arrière. Ils sont mouillés. Je me baigne. Mes jambes pendent dans le vide. Le soleil est moins puissant. Et là un iguane me tombe sur le dos.
{ Chanté }
{ I’m in swimsuit in a blue schiste river bank I’m in swimsuit to ride my car until the end I’m in swimsuit in a pink schiste river bank I’m in swimsuit at the steering wheel white limousine I’m in swimsuit driving my white whale In all the blue I’m in swimsuit devored by the blue }
Je suis sur une île. Je suis fauchée. Je dors dans le camping. Je fais du vélo toute la journée. Le soleil cogne. Je me baigne dans les rochers. On est en pleine saison. Et pourtant c’est possible d’être seule dans l’eau. On est à trente kilomètres du continent. La lumière est crépusculaire et fluorescente. J’ai la sensation d’être sur un autre continent. Ma chemise est anormalement bleu. Je suis en maillot de bain. Pour conduire ma voiture jusqu’à la fin.
{ Chanté en canon } { Dans l’eau translucide du soir je me questionne sur le hasard des mots que j’emploie tous les jours Il est rentré, il a observé, sa volonté, le changer }
Il fait chaud. Je descends le chemin abrupt de la crique en regardant fixement la plage. L’eau est totalement turquoise vue du dessus. En contrebas je ne vois personne. À part une forme arrondie étendue sur le sable caramel. Plus je descends plus la forme est imposante. J’arrive sur le sable et mes pieds s’enfoncent. C’est un dauphin mort reposant sur le flanc. Je m’approche et je ne peux m’empêcher de quitter le mammifère marin des yeux. Sa peau est noire, grillée par le soleil. Il lui manque un oeil, il y a du sang à la place, qui fait plein de bulles rouges. Les entrailles ont commencé à être dévorées par les choucas et les goélands. Je suis revenue quatre jours de suite pour le revoir. Le dernier jour il était recouvert de sable. Cette plage s’appellera pour toujours : la plage au dauphin mort.
{ Chanté en canon } { Dans le silence tout disparaît À quoi tu penses quand tu te lèves Limousine blanche glisse sur la neige }
La pluie amène le paysage au sol. J’ai confondu un avion avec une étoile. Je me suis levée quarante minutes avant mon virage. La fiction poursuit sa route. Je collectionne des formes sur un radeau. Il ne pleut pas. J’ai un acouphène puissant. Tu aimes boire ce thé dans lequel il y a des paillettes d’or. Il a plu toute la journée. Mon coeur bat trop fort. Il y a les pins Douglas et le motel. Toutes mes affaires sentent le bois calciné. Lucie et Henriette. Mon nom sur une voiture. Rien de chic. Il y a trois cerfs à l’arrêt au milieu de la route qui me regardent droit au travers de mon pare -brise. Je suis en vie pour conduire ma voiture jusqu’à ce qu’il fasse nuit. Il y a les marcassins qui ressemblent à des petits chiens au milieu des feuilles d’automne. Je suis la trajectoire. Je suis le territoire.

Pépito
Badis Djouhri
Jeudi, j’ai mangé des Pépito chez Clément. Ils étaient dans le gros placard tout rempli, celui qui est collé au frigo. C’était un frigo plutôt curieux, tu pouvais appuyer sur un bouton pour que de l’eau coule. Berk, qui voudrait d’une eau qui sort d’un frigo. Sa mère m’a dit que c’était un frigo américain, ah là là qu’est-ce qu’ils sont forts ces Américains, ils donnent même la nationalité aux objets maintenant. Je me demande si l’eau qui est dedans elle vient aussi d’Amérique. J’ai vu à la télé que les Américains ils étaient tous gros parce qu’ils buvaient beaucoup de Coca. La chance. De boire du Coca hein pas d’être gros. Clément était un peu gros mais c’était parce que son frigo était toujours rempli de pleins de trucs. Le pauvre, j’aimerais pas être à sa place. Moi ça va, mon frigo est pas trop rempli alors je suis mince. J’ai remarqué que dans sa famille ils aiment beaucoup les trucs américains. La semaine dernière par exemple, Clément est arrivé à l’école avec la dernière paire de Nike UltraStylAx. Elles étaient trop belles, vraiment trop trop trop, surtout avec le logo en or et la semelle bleue. Bah dans sa famille, ils disent pas Nike comme nous, les gens normaux. Eux, ils disent Nayki. Tout ça parce que son père il parlait américain et qu’il les avait commandées directement chez le Nike d’Amérique. À ce qu’il paraît, c’est le patron de Nike qui les aurait fabriquées lui-même. Moi, j’y crois pas trop. Mais bon, elles sont vraiment trop belles. J’ai dit à mon père que je voulais les mêmes mais il a dit non parce-que j’ai déjà des Airness. J’étais un peu triste mais ça va, c’est vrai que mes Airness ne sont pas encore assez trouées pour les remplacer. En plus, j’ai remarqué un truc : mon père aussi il dit Nayki !
Pourtant, il parle pas anglais mon père, il parle arabe. C’est mieux que l’anglais parce que quand on parle arabe, on peut parler avec sa famille en Algérie. Pauvre Clément, il doit pas trop appeler sa famille. Moi ça va, en plus je comprends ce qu’on me dit. Mais je parle pas très bien, c’est dur avec tous ces « AAAAA ». Faut le dire avec le fond de la gorge, j’y arrive pas trop pour l’instant mais ça va venir ! En attendant, je me contente de leur dire que je vais bien et de faire des sourires un peu gênés quand il y a la caméra. Après je rends le téléphone à mon père et il est content. Ça se voit qu’il est heureux parce qu’il parle très très fort. Entre nous, ça me dérange un tout petit peu mais je dis rien pour pas gâcher sa joie.
On est allés en Algérie une fois et c’était trop bien. Déjà, on a pris l’avion. Waw. C’est si loin. On a même dépassé l’océan ! Quand on est arrivé là-bas, on était des héros. Je sais pas comment vous dire, juste comme ça, parce qu’on venait de France et qu’on était des immiré ou un truc comme ça. C’était trop bien. Tout
le monde venait voir mes Airness alors qu’elles sont pas vraiment très belles. J’imagine pas leurs réactions s’ils voyaient les Nike de Clément. Mon père avait construit une énoooorme maison à côté de la plage. C’était comme les villas qu’on voit à la télé mais là, c’était chez moi. C’était la meilleure maison du quartier alors qu’on habite dans un autre pays super loin. Ma tante elle m’a dit que c’est parce qu’on habite en France, alors c’est plus facile de construire des maisons en Algérie. C’est pas vrai, comment ça peut-être plus facile alors que c’est plus loin ? Bref, j’étais tranquillement dans une des chambres de ma grosse villa quand je me suis rendu compte d’un truc : en fait, on doit sûrement être des riches.
On est sûrement des riches parce que mon père il fait un vrai métier. Chaque matin il enfile sa chemise, son costume, sa cravate et il part surveiller la sécurité d’un musée. Si ça c’est pas la classe. Parfois il me fait même entrer gratuitement, comme ça, comme une star sans qu’on me fouille ni rien ! Ouais c’est sûr, on est des riches. Je dis que son travail c’est un vrai travail parce qu’il arrête les voleurs. Enfin, souvent il demande juste aux enfants de ne pas toucher les oeuvres. Mais le jour où des voleurs vont arriver, alors là, il va tous les attraper. Il est trop fort mon papa. Le père de Clément aussi il avait un costume pour le travail. Mais lui, c’était pas trop un vrai travail parce qu’il était sur l’ordi toute la journée. Ma mère elle dit qu’être sur l’ordi toute la journée c’est pas bon pour les yeux. Nous on a pas de télé alors ça va, j’ai même pas besoin de lunettes. Clément m’a dit que son père c’était le PSG de son entreprise ou un truc comme ça avec trois lettres, le grand chef quoi. Enfin non, c’était pas le PSG c’est sûr parce que un jour j’ai vu que le chef du PSG c’est un Arabe. Les Arabes, c’est des gens très riches avec des nappes de pique-nique sur la tête. Il ressemble pas du tout à ça son père. Le pauvre.
Un jour, j’étais dans la voiture du père de Clément. Il n’y a que deux places dedans alors moi et Clément on a dû se serrer alors qu’il faisait super chaud. Heureusement, leur voiture est cassée donc ça allait. Elle a pas de toit, ni de fenêtre d’ailleurs. C’est là où j’ai compris qu’ils étaient vraiment très très pauvres. Genre vraiment quoi. Ils faisaient suuuper attention à pas rayer la carrosserie toute rouge parce qu’ils disaient que ça coûte super cher d’acheter la peinture pour tout repeindre. Un jour, avec mon père, on a acheté de la peinture pour repeindre toute la maison, même le plafond alors que personne le regarde ! Alors bon, nous c’est pas de la peinture pour une voiture qui allait nous faire peur. Clément répétait que c’était une Ferrari, comme la dame de la télé, et qu’elle allait super méga vite. Pourtant ça faisait 25 minutes qu’on était dans les bouchons à côté d’une petite voiture bleue. Elle allait même un peu plus vite
que nous, en plus elle avait un toit. Ma mère m’a dit que ceux qui n’ont pas de toit, on les appelle des SDF. Ah, maintenant que j’y pense, c’est peut être ça le métier de son père.
Ça expliquerait pourquoi il est toujours énervé. En fait, je l’aime pas trop son père à Clément. Une fois, on les a croisés au supermarché avec mes parents et j’ai vu que Clément avait les yeux
tout rouges comme s’il venait de pleurer. Après, mon père m’a expliqué que c’était parce que Grégoire, le père de Clément, j’ai oublié de vous dire, lui avait promis de lui acheter deux jeux
vidéos. Sauf que Clément, il en voulait 3. Bah devinez quoi ? Greg a refusé. Non mais sérieux quoi, c’est vraiment un radin. Moi, j’ai pas de console. « C’est pas dans nos moyens » maman m’a dit. Je sais pas vraiment ce que ça veut dire mais comme elle m’a sourit avec les joues, j’ai laissé tomber. Mais si j’avais une console, bahmon père il me prendrait les 3 jeux. Ouais, c’est sûr. Mon père à moi il est vraiment sympa. Carrément, il est tellement gentil que, quand je fais des bêtises, il me frappe même pas au visage. Juste aux fesses ou au ventre, comme ça la maîtresse et les copains à l’école ils peuvent pas voir les bleus. Qu’est ce qu’il est gentil mon père sérieux, il fait attention à mon beau visage.
Enfin bon, tout ça pour dire que j’ai mangé des Pépito jeudi donc c’est pas très grave si on n’a pas beaucoup dîné cette semaine. Et puis ça évite le gaspillage, comme ça les pauvres dans la rue ils auront un peu plus à manger. Nous on est des riches, alors ça va.

Le premier été
Anouck Nier
Cet été je ne travaille pas. C’est le premier été depuis longtemps. D’habitude, je fais des journées de 12h à préparer le boeuf bourguignon des randonneur.euses en refuge mais pas cet été. C’est le premier été de la fin du monde. Il fait une chaleur à crever.
Les sources se tarissent, les moutons doivent quitter les alpages et les refuges se font ravitailler en bouteilles d’eau par hélico. Dans Belledonne, les lacs sont à moitié vides (on peut voir la trace de l’eau sur les roches) ils sont chauds et verdâtres, envahis de bactéries qui font crever les chiens.
Je vais voir Lise qui tient le refuge du Grand Bec, je fais la moitié du chemin en stop, le stop ne marche pas trop, j’ai trop chaud. J’arrive en fin de journée. On regarde le beau soleil se coucher sur le flanc de la montagne en face. En dessous, il y a comme un autre soleil dans la forêt. Un hélico fait des allers-retours entre la vallée et le feu.
Je ne travaille pas, je ne profite pas des vacances, je suis alourdie par les soucis et la chaleur. Je pense tout le temps aux oiseaux qui meurent. Mon coeur est lourd d’une histoire d’amour qui tourne mal et je me dis que c’est à cause des autres, à cause de l’ambiance de merde du monde.
Le dernier matin avant de retourner en ville, la rivière coule sur mes pieds nus, je ne pense plus ni aux choses à changer, ni aux choses à faire, ni aux choses qui auraient dû se passer autrement. Depuis le ruisseau je regarde les épilobes, les insectes qui butinent de gros chardons, la mousse humide, les sommets, les ravines et les vallons de la Vanoise. Je pose mes fesses nues dans l’eau et je m’allonge jusqu’à immerger mon crâne, puis ma bouche, puis mes yeux, sous la surface.
C’est pour ça que je vais en montagne, pour passer un moment loin des humain.es, pour me faire dépasser, avoir peur, sentir que les choses sont là depuis un temps infini. Marcher sur la croûte terrestre qui s’est soulevée il y a si longtemps que je ne peux l’imaginer. Quand les continents n’avaient pas la même forme.
Mais cet été la montagne, c’est un crève-coeur, c’est douloureux tellement c’est sec. Les matins en me réveillant je me fais des scénarios d’attentats, je fais la liste des responsables comme Aria Stark. Mon coeur devient sec de colère, je voudrais aboyer. Je déteste ce qu’ils ont fait de l’été.

Protection solaire
Maria Camilla
Como no pude ser española, on essayait de m’obliger à vouloir être une colombienne blanche. La mère de mon père ne me trouvait belle que durant les mois de pluie où à force de l’enfermement ma couleur s’atténuait. « S’atténuait » n’est qu’une façon de le dire, c’était elle qui prenait l’habitude des ombres à peine éclairées une fois par semaine par l’ouverture ritualistique des rideaux menée par l’une des ses petites filles.
Le vieux accent cachaco d’une femme toute rose et pourtant colombienne, comme moi, comme sa mère et comme mon père qu’elle a autant réprouvé à cause de sa peau. Mon père : le fils du milieu d’une famille habitant dans le territoire avant règne du Zipa, le cacique de la communauté Chibcha qui habitait cette partie des Andes. Mon père : la physionomie la plus proche du Zipa dans une famille où la mère refusait de le garder durant les vacances scolaires et au lieu le forçait à aller avec son mari au boulot. Mon grand-père faisait de la chirurgie au travail comme à la maison, il extirpait l’indésirable et son fils jouait au tennis 8h par jour avec un ami imaginaire sur le parking del’hôpital. Pendant que ses 4 siblings restaient à la maison sous l’amour trouble de leur mère maintenant libre d’infection mais remplie de l’odieux accent si caractéristique des arribistas cundiboyacences qui ont eu la mémoire effacée avec l’arrivée de la Niña, la Pinta, la Santa Maria, Dior, Chanel etc etc etc…
Une fois les inondations finies, I’d go through a bottle of sunscreen every other week sin ninguna vergüenza. Fallait surtout pas bronzer, surtout pas rougir, surtout pas avoir de grandes hanches et seins.
À Bogotá, les routes débordent de panneaux publicitaires plus hauts que les maisons et les ponts. Presque collés au ciel, là où les personnes regardent lors des prières. Les pupilles élevées vers le dios des espagnols mais interrompues par le dios des gringos. Les déesses gringas ont possédé les plus blanches colombiennes, les plus fines, les moins “exotiques”. J’ai dû passer un tiers de mon adolescence face au miroir.
Longtemps j’ai rêvé d’aller vivre en Norvège l’hiver, de devenir blanche, blanca, blanca, transparente, de me limer les pommettes avec les rochers des plages gelées et faire la tête aux empanadas et devenir un palo. M’allonger sur la mer. Flotter. Weightless.
“Te vas Alfonsina con tu soledad ¿Qué poemas nuevos fuiste a buscar? Una voz antigua de viento y de sal Te requiebra el alma y te está llevando Y te vas Hacia allá como en suenos Dormida Alfonsina Vestida de mar.” (Mercedes Sosa, Alfonsina y el mar)
L’été, revenir en Colombie, ne jamais mettre un pied en Espagne, aller en Colombie durant la saison de pluie, cueillir les piropos de ma grandmère, ne jamais aller sur la Costa Caribe, ne jamais voir le soleil, ne jamais suivre un tutoriel de maquillage pour mettre en valeur les yeux ridés et la bone-structure, surtout éviter d’apprendre à faire du winged eyeliner, acheter de la base de teint deux tons plus claires y embadurnarse hasta el cuello.
Recuerdo rentrer dans la salle de bain à l’odeur du menjurje javel-shampoing destiné à s’éclaircir les cheveux et regarder ma mère avec un genre de chapeau en plastique sur la tête. Elle se regardait dans la glace, de loin au début puis lentement s’approchait jusqu’au rejet violent de son image quand un saut collait son dos au mur et ses doigts à ses pommettes qu’elle appuyait pour les faire aplatir. Me acuerdo de las cicatrices sur sa toute petite poitrine et Carlos Vives qui chantait au loin « Carito me habla en inglés, qué bonito se le ve. Carito me habla en inglés, ¿qué me dice? Yo no sé ». Cette impulsion est sûrement génétique où peut-être un enchantement de la chanson, puisque dans ma chambre je subissais les mêmes gestes de mon corps: appuyer sur mon visage et poitrine jusqu’à ce que le peu d’oxygène qu’il y a 2650 mètres d’altitude ne trouve plus sa place dans mes poumons.
2650 metros de ansiedad de trancones de desplazamiento forzado de noticia de último minuto de un carro bomba acaba de estallar en el Club el Nogal de « si te preguntan qué hace tu papá, tu les dices que es administrador de empresas » sobre el nivel del mar.
Alors j’ai reculé loin des fenêtres, j’ai bougé sans faire de bruit, je me suis baladée sur la Séptima la nuit depuis le Parque Nacional des statues érigées à l’honneur des artistes mecs blancs jusqu’à la plage à 8 jours de marche. 8 jours, ça fait une semaine - dentro de ocho días, hace ocho días- la Colombie est un chronotope étrange. De lundi à lundi il y a 8 jours et si l’on additionne une autre semaine cela fait 15 et on aura perdu un jour dans les ténèbres. Évidemment je ne suis pas allée à pied. Évidemment je ne suis pas allée ni en bus ni en voiture. Evidemment. La plage au nord du pays était le seul endroit de vacances assez rempli d’étrangers pour que se le de la gana al gobierno de protéger un peu le territoire. La côte à l’est par contre pas assez festive, pas assez whitewashed pour attirer des caucasians et alors pas assez worth it pour éviter les enlèvements aux mains des paramilitaires.
Il y a trois règles d’or dans une famille comme la mienne : on ne parle pas de politique, on ne parle pas de religion et tous les communistes sont des monstres qui mangent des bébés le matin. Alors, je referai ma dernière phrase ainsi : La côte à l’est, par contre, pas assez propre, trop indigène pour attirer du tourisme à cause des communistes que le gouvernement est obligé de retenir très pacifiquement. Aclaro: c’est pas les paramilitaires qui tuent, non, non, c’est les communistes qui prennent le territoire. Ma grand-mère serait tellement fière de m’écouter dire ça et aussi de dire que le président durant mon enfance était tout un gentleman puisque grâce à lui on peut se déplacer en voiture sans peur. Il peut pas être le diable, non, non, s’il a forcé aux militaires de se mettre sur toutes les autoroutes en étirant leurs bras et leurs pouces en thumbs up pour nous distraire de ce qui se passait de l’autre côté, dans la nature, de la quantité d’enfants, paysans, leaders sociaux et communautés natives que ses collègues ehm… protégeaient, oui, en les emmenant soudainement vers le paradis. On va pas dire qu’il est une sorte de dieu mais pas loin! Avant, la peur inondait la capitale. Aujourd’hui elle n’envahit que la campagne, la jungle, les forêts, les villages, les plages et les sanctuaires. Grosse avance.
Descendre la montagne jusqu’atteindre 0 metros de altitud sobre el nivel del mar, récupérer un peu d’air, voir le soleil, ne balader que la pointe des doigts sur le cadre de la fenêtre, sortir peut-être le bras entier ? Dejarle arrastrarme todo el resto del cuerpo ? Me retrouver allongée sur la plage ? Me retrouver allongée sur la plage sans protection solaire toute la semaine. Être bien bronzée, aller voir ma grand-mère poser sa main pâle sur mes pommettes sans aucune intention de me trouver si belle que mes cousines. Susurrandome que soy muy exótica, qu’en europe les hommes trouvent ça beau, que ça fait trop indigène de rester ici avec mes pieds amples faits pour marcher en alpargatas, qu’il vaut mieux aller ailleurs ou le colorisme se transforme en sexualization -dans le meilleurs des cas-. Aller acheter des alpargatas. Faut-il que je ne prenne jamais le solei l? Suis-je inévitablement condamnée à l’ombre ?
— Non.

Summer Snacks
Vinciane Mandrin Mon appartement vide sent les lingettes humides du balai Swiffer volé pour mon dernier casse au Monoprix Cordeliers. J’ai ouvert toutes les fenêtres dans l’espoir de récupérer un peu d’air. La dame de l’état des lieux est en retard, je rôtis assise par terre à l’ancien emplacement de mon lit. J’ai vécu seule ici pendant deux ans. J’avais un four mais pas de plan de travail, je posais ma planche à découper sur le couvercle de ma machine à laver. Le Monop' était mon terrain de jeu de fausse bandite, je m’y fournissais en huile de truffe, en champignons séchés, en burrata fumée, en bonnes bouteilles de vin. La première fois qu’elle est venue ici, j’avais déjà écrit dans un poème que je partirais bientôt. J’étais allée chercher six canettes de Sprite et de quoi faire un repas qui pourrait l’impressionner. Je m’étais lavé les cheveux, habillée, maquillée, j’avais appliqué mon leave-in conditioner et peigné mes cheveux en essayant de calmer les tourbillons d’impatience dans mon ventre. J’avais fini par me poser à mon bureau et faire semblant de travailler pour avoir l’air de faire autre chose que de l’attendre. Elle est arrivée sublime et embêtée de venir à un premier vrai date avec un si gros sac. Ensuite tout était simple, comme respirer, et on a complètement oublié de manger. Je regarde la porte se fermer, on descend ensemble vérifier l’état de la boîte aux lettres, la dame me souhaite un bel été et je me taille de cette ville où je suis restée dix ans.
J’achète un paquet de gâteaux et un Ice Tea pour mon amoureuse dans une petite épicerie à la Ciotat. J’attends devant la caisse et je fais un combat de regards avec un petit chien qui se tient au milieu des portes coulissantes. La vendeuse arrive en s’excusant, je lui souris et lui demande une des puff goût coca glacé qui sont derrière elle sur un petit présentoir. Elle me dit qu’elle les a testées et qu’elles sont super bonnes, surtout la coca glacé, vraiment rafraîchissante. La Ciotat, c’est Get Out. Le point commun de tous les gens qu’on croise pendant notre petit tour du port, c’est qu’ils ont des coups de soleil et qu’ils sont décidés à nous faire comprendre par tous les moyens possibles qu’ils ne sont pas contents qu’on existe. On habite pour deux jours dans une villa prêtée par des gens très riches à de gentils artistes en dèche. Je poste une story dans le grand miroir de la chambre verte assortie à ma robe en mesh à motif jaguar. Dans notre chambre il y a une sculpture de femme nue très insta compatible mais terrifiante dans l’obscurité. Je coupe des tranches de halloumi Liddl dans la cuisine art déco. Sur le toit terrasse avec vue sur la mer, le bassin vide et les cyprès, on se dit que si on avait été début vingtième il aurait suffi qu’on devienne besties avec Natalie Barney pour se faire entretenir et avoir cette vie de dandy girls tous les jours.
Je fais couler un expresso sur les trois gros glaçons que j’ai jetés dans un grand verre. J’aime les machines à broyeur que possèdent les grandes personnes. Je rajoute du lait de coco et du sirop de sucre, selon la recette de mon cousin. J’en propose un à ma petite soeur par principe, qui refuse comme prévu. Ça me rassure et m’attendrit qu’elle n’aime toujours pas le café. Quand j’avais cinq ans, mon père avait sorti le caméscope pendant un repas de dimanche midi. On était tous les quatre, ma grande soeur, mes parents et moi. Ma maman avait fait du riz. Elle nous avait expliqué en attrappant un grain entre son pouce et son index, que dans son ventre il y avait un bébé de cette taille là, qu’il fallait attendre quelques mois et que ça deviendrait notre petit frère ou petite soeur. Le grain de riz devenue mon adelphe me parle des essais qu’elle écrit sur les liens entre fascisme et colonialisme et comment l’héritage des deux expliquent à la fois
les conséquences inégalitaires du changement climatique et l’émergence de néo-fascismes et de partis d’extrême-droite se réappropriant les enjeux écologiques. On se pose au bord de la piscine, elle boit un verre de jus de gingembre en me racontant ses crush à qui elle parle en anglais, son premier tatouage, son envie de retourner vivre au Danemark.
À Marseille, je regarde les vlogs d’Août de Léna Situations en culotte sur le lit en attendant que la température baisse. À 22h, quand l’air devient moins dense, Farrah descend à l’alim. Elle revient avec six Despe, des magnums au chocolat blanc et trois paquets de chips goût tartiflette, brebis figue et bleu d’auvergne pancetta. On mange les magnums en premier, puis on réfléchit à la progression la plus optimale pour notre dégustation de chips. Farrah roule un joint en faisant des vocalises sur du Deborah Cox. Les filles sont belles et racontent des histoires tristes. Luz regarde ses souvenirs sur le balcon, puis déchire le silence en aspirant les dernières taffes de la puff.
L’été c’est la saison de mon anniversaire. Le 13 août, planté en plein milieu de la Leo Season, est la balise qui sépare les deux moitiés de chacun de mes étés. On retourne se baigner après avoir regardé le soleil disparaître. Il n’y a plus personne dans l’eau, on flotte accrochées à la bouée rose en souriant comme des cruches. Si on regarde l’horizon on a l’impression d’être seules au monde. A 23h30, même si je sais que j’ai eu un tiramisu d’anniversaire en avance, un banana bread du jour même et qu’un fondant au chocolat en retard m’attendra quand je rentrerai de vacances, je suis prise d’une nostalgie enfantine de devoir attendre encore un an pour être de nouveau la reine du jour.
Je trouve la version française de Zami d’Audre Lorde dans la bibliothèque d’une copine en Ardèche. Je l’emporte avec moi pour le lire au bord de l’eau. Je suis agacée parce que la rivière est sèche et que c’est mal traduit. On fuit par le sud, jusqu’à trouver un endroit où il y a encore de l’eau glacée dans les rivières, des fruits sur les arbres et des nuits noires remplies d’étoiles filantes. On escalade les rochers et on s’installe dans un coin avec des petites cascades et des fées. On ramasse de gros cailloux plats et argentés au fond de l’eau, je rate tous mes ricochets. Nino sort sa grande trousse de crayons de couleur et dessine dans le carnet qu’il s’est fabriqué. Audre décrit les repas qu’elle prépare avec sa mère, j’ai envie de faire de la viande marinée et de manger de l’ail et du gingembre. Je pense à l’appétit lesbien de Dorothy Allison et je pleure quand Gennie se suicide page 56.
Ma grand-mère a préparé un couscous pendant qu’on était à la plage. Elle n’est pas contente de la graine, qu’elle trouve trop épaisse. On va chercher la boîte pour vérifier que c’est bien du thiéré et on la rassure en lui disant que c’est délicieux. Je me ressers par gourmandise et par défi, je verse une grosse louche de sauce sur le petit monticule de couscous, je dépose un morceau de viande, deux morceaux de manioc et une carotte sur cet édifice fondant. Je réfléchis la composition de mes cuillères pour obtenir la combinaison parfaite des saveurs. Mame dit une phrase en sérère que je note dans mon téléphone. Ann fop laï fop fahé : Tout savoir et tout dire n’est pas une bonne chose. Ma mère dit qu’elle n’est pas d’accord avec ce dicton, je lui souris du bout de la table. Elle me dépose en voiture à la gare d’Agde, je suis triste de la quitter, elle me dit de faire un bisou de sa part à mon amoureuse.
Au Mont Rose les garçons se font piquer par les méduses. Trois vieux tout nus sont postés en mode vigie les mains sur les hanches, ils pointent du doigt les grosses méduses roses, essayent de les chasser et mettent en garde les garçons qui plongent. Les garçons n’écoutent pas et ressortent de l’eau avec des grosses marques rouges sur les fesses. Je repense à Nino qui m’a raconté qu’un banc de méduses avait réussi à faire couler un chalutier et à arrêter une centrale nucléaire. Je reconnais le chien d’un copain, on mange des mini marbrés qui se sont écrasés dans leur emballage et on n’a pas pris assez d’eau. Au retour, on écoute Soolking, Luz se gare sur un bout de route, et je vais nous chercher un Coca Zero et un Liptonic. Le mec à la caisse a un regard lubrique et les deux gamins à la sortie regardent mon cul.
Je rentre à Paris pour la première fois. Je déballe mes derniers cartons. On a fusionné nos cuisines, tous les ustensiles sont multipliés par quatre. On a quatre fouets, quatre cuillères à spaghetti, douze saladiers, dix poêles, sept couteaux de cuisine et une cinquantaine de tasses moches. Habiter de nouveau en coloc me donne envie d’inventer des recettes. Mon Tiktok ne me propose presque plus que des vidéos de bouffe. Je coupe trois oignons et deux gousses d’ail, je les fais revenir dans le wok géant avec de l’huile d’olive et du paprika. Je prépare des gaufres aux légumes râpés, des crêpes extraterrestres aux épinards, du curry aux aubergines, au lait de coco et aux haricots blancs, du chou rouge braisé, des raviolis en feuilles de riz à tremper dans de la sauce aux cacahuètes. On met la table sur la terrasse, on joue à la famille en apportant des sets de table et une carafe d’eau sur un grand plateau. Septembre arrive et la canicule ne finit pas.


Café cigogne
Virju
J’ai toujours confondu hirondelle et cigogne, comme je confonds Richard Gere et Harrison Ford, Sting et Phil Collins.
Dans ma tête ça a toujours été dans la case [ types d’oiseaux qui ne sont pas des pigeons ou des merles ou des rouges-gorges et qui sont reproduits dans les livres pour enfants ]. Sûrement que je ne suis pas alsacienne, je saurais exactement pour les cigognes.
Dans le quartier de Dollemard, mon école était à côté d’une usine de torréfaction de café. Mais on disait pas usine de torréfaction de café. À l’âge que j’ai, j’ai dû chercher comment ça s’appelait, une usine de café, tellement le nom de l’usine, enfin du café que l’usine torréfiait, enfin que les ouvrier.e.s de l’usine torréfiaient, avait remplacé dans ma tête la dénomination du moyen et du lieu.
On disait le café Cigogne.
« Ah ça sent le café, c’est le café Cigogne ! »
Jamais le mot usine, jamais torréfié ni torréfaction.
« Le Café Cigogne, c’est là qu’on fait le café ! »
Ça sentait pas toujours le café, il y avait des heures définies de torréfaction et ça tombait souvent pendant la récré du matin.
Ça sentait si bon et si fort le café, ça me montait à la tête. Ça envahissait tous les alentours et tout le monde disait :
« AH ! Ça sent le café ! »
« Bonjour, AH OUI, c’est le café Cigogne. »
Des gamins gueulaient « ça sent le cafééééééééééé !!! » en faisant l’avion à fond la caisse. Moi je faisais mine de m’enchaîner des dizaines de tasses les unes après les autres, comme font les russes avec la vodka, jetant les mugs vides par-dessus mon épaule. D’ailleurs et en fait, après vérifications, on ne dit pas usine de torréfaction de café mais on dit une brûlerie. On dit même pas café. Aujourd’hui encore je confonds les odeurs de café avec l’odeur de brûlé, ce qui m’a valu quelques réveils en trombe.
Le Café Cigogne c’était le nom du café, de l’usine, et du rond-point devant la brûlerie. Aujourd’hui c’est le café Legal qui a racheté l’usine, et depuis longtemps, mais personne ne dit jamais Café Legal. La marque Café Cigogne n’existe plus, l’usine brûle pour Legal, mais le rond-point, c’est celui du café Cigogne. Avec l’école nous avions visité la brûlerie mais je ne m’en souviens plus. Une vague sensation métallique de grosses cuves en inox, mettre les mains dans un sac de grains mais pas d’images.
Pour moi et tous les élèves de l’école Stendhal, il n’y a rien qui ne sente plus le cochon pendu que le café brûlé. J’ai d’ailleurs passé la majeure partie de mon enfance la tête en bas.
Mes récrés entières en cochon pendu sur la cage à écureuil dans l’odeur de café, puis sur le trapèze de la balançoire familiale, puis carrément sur la barre du haut du portique. Le tout entrecoupé de poiriers, sessions de roues et rondades à ne plus savoir où j’habite.
Je m’entraînais même à lire la tête renversée du bord du canapé jusqu’à devenir toute rouge.
Je crois que du plus loin que je me souvienne je me suis toujours mise la tête à l’envers, passant du cochon pendu à la Desperados, qui, comme le café Cigogne, désigne plusieurs choses, une boisson alcoolisée dégueulasse et un état émotionnel pas mieux.
La tête à l’envers ou la tête sous l’eau, et le comble, le renversé subaquatique, le poirier sousmarin ––épiphanie du basculement–– que je continue encore de faire aujourd’hui dès qu’une occasion se présente malgré les otites séreuses qui suivent et s’enchaînent, me laissant comme dans un scaphandre.
Au camping de l’Orée je faisais le cochon pendu sur le rebord de la piscine. Le revêtement en crépi m’abîmait le derrière des genoux et des mollets si bien qu’une année j’ai cru avoir une maladie de peau mais on était clairement sur un sommet du truc.
Et puis la vie te remet la gueule bien à l’endroit, dans des habits serrés avec des étiquettes qui grattent, des chaussures qui t’arrachent les pieds, à porter des cartables lourds comme des âmes
mortes et des parents défaillants.
J’ai toujours pas d’images mais je sens bien encore mon petit coeur serré, à regarder mon perchoir, d’où je trouvais la vie plus acceptable qu’ailleurs, se faire démanteler devant mes yeux
vides dans des poussières de rouille.
Sous le trapèze il y avait une petite zone d’herbe pas plus grande qu’un tapis de bain, très douce avec des trèfles, qui n’était pas râpée comme sous les autres agrès à force de freiner, vu que je ne touchais jamais terre.
Après l’enlèvement de la balançoire, j’y suis retournée la nuit.
Avec la plus grande délicatesse j’ouvrais les volets en tenant les gonds dans ma main pour ne pas qu’ils couinent, je sautais de ma fenêtre de chambre — atterrissant sur la tombe de mon chat et m’en excusant — et j’allais poser ma tête sur cet îlot qui était le mien, dans la semi-pénombre des banlieues pavillonnaires.
Allongée vers les étoiles que je voulais tomber dedans, j’essayais d’incanter les forces magiques de venir me chercher, de me donner des pouvoirs.
Un jour, ça a marché.

Sans titre
Mimine
Là, je t’ai prise pour la première fois dans mes bras, ton coeur contre mon coeur. « C’est comme ça qu’elle aime être portée » m’avait dit Samy.
Je me suis demandé si j’avais déjà senti autant d’immensité dans un si petit corps puis dans le mien qui soudain ne m’a plus semblé si petit que ça. Depuis le début, j’avais donc en moi autant de courage que de vide.
Nous avons remonté l’allée de la résidence. Tu étais blottie dans mes bras, et mes jambes étaient liquéfiées. « Elle perd jamais ses poils regarde c’est incroyable » m’avait dit Samy en me montrant ses vêtements intacts. Au moment où nous avons atteint la façade de l’immeuble, l’ombre de celui-ci nous a recouvertes et j’ai penché la tête vers toi pour te voir sous ce nouveau jour. Des poils blancs de ton ventre étaient éparpillés sur mon sweat noir. Tu semblais stupéfaite de ce que tu étais en train de vivre — peut-être que je projetais en toi ce que je ressentais en moi.
Je me souviens qu’après, une fois à la maison, je t’ai déposée par terre et tu as foncé sous le meuble de la salle de bain. J’ai d’abord cru que c’était pour te réfugier, mais j’ai compris plus tard qu’il s’agissait simplement de timidité. Tu as miaulé quelques fois, en furetant dans tous les coins. Tu semblais me signaler que le lieu te convenait. Ensuite, tu es revenue vers moi et
À partir de maintenant, on va partager nos vies. Et il y a beaucoup d’années devant nous. Dans tes yeux, je vois que tu ressens le même vertige que moi à cette idée.
—
Cet été je reste à Paris, comme chaque année. Mais cette fois, je suis avec toi, et c’est le plus bel été de ma vie.
Il fait si chaud au 18e étage. L’immeuble est noir. Il absorbe toute la chaleur et nous passons nos journées affalées dans cette étuve où chaque geste semble si lourd. Je dépose une serpillère mouillée sur ton dos et écarte le ventilateur. J’ai peur que tu prennes froid. Déjà que quand tu dors, j’entends si fort ta respiration… Le véto m’avait dit que c’était une bronchite, que ça allait partir tout seul… Ça fait maintenant plus d’un mois et ça ne passe pas. Pourtant quand je te bouche le nez, ça ne semble pas te faire mal… (NB : la bronchite est passée entre-temps)
L’autre fois, ma psy m’a dit que j’allais t’étouffer avec mon amour. Tu as besoin de ton indépendance. « Moi je tue toutes mes plantes en les arrosant trop », elle m’a dit. J’ai pensé à la manière dont je m’occupe de mes plantes. Je lui ai juste répondu : « c’est vrai que je répète souvent que c’est ma fille ». C’est seulement après la séance que j’ai réalisé que je t’aimais trop. Ma mère est chiante à ne pas me prendre au sérieux quand je lui dis que t’avoir dans ma vie, c’est un peu faire l’expérience de la maternité. « C’est un chat c’est pas pareil ». Pourtant, je crois que je me suis fait stériliser en janvier pour pouvoir te consacrer mon amour.
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Le 4 avril
Samy m’a dit : « elle s’appelle Touta, faut surtout pas changer son prénom hein !! Ça veut dire framboise en arabe ». Nicolas m’a aidé à le transcrire :
image::../links/clv02_177.jpg[Framboise en arabe]
J’ai toujours vécu en meute
Boby Chalard

L’été dernier j’ai quitté ma ville. J’ai fait mes cartons, en slip et en tee-shirt parce que mes seins sont encore là. J’ai regardé Pose, l’épisode où il fait chaud. Elles sont en culotte, les cheveux attachés tout en haut de leurs têtes, dégoulinantes et maquillées. Elles sont collées au ventilateur. Elles mangent des glaces qui fondent sur leurs cuisses et c’est pas sexuel, c’est dégueulasse ça coule et ça colle, elles ont chaud. Elles prennent la caisse et elles s’en vont, elles quittent la ville.
Cet été je quitte mon mec et c’est pas très grave. Je l’ai beaucoup aimé. On se quitte sans cartons, on a rien à se rendre. Je garde ses trois lettres chacune dans leur enveloppe et il garde toutes les miennes. Je le quitte sans pleurer mais j’y pense tous les jours. J’y pense sous la douche et en allant à mon job de merde et le soir ou la nuit quand je rentre bourré. On m’offre des shots dans mon bar préféré, souvent je leur dis à demain. Mes amix s’inquiètent. Pas pour l’alcool, iels boivent avec moi, iels s’inquiètent pour les larmes. D’habitude je pleure, je suis cancer, j’écris des livres d’amour, j’aime les céréales au dîner et les alexandrins. J’appelle souvent ma mère. Je suis son petit garçon pédé. Je suis ascendant vierge, je fais des listes, j’ai un bullet journal depuis quatre ans, je range mes chaussettes par couleur. J’installe Tinder et OkCupid. J’ai toujours pas pleuré. Je veux baiser avec des mecs (je veux qu’on me tienne la main). Cet été mes seins sont encore là, c’est dégueulasse et ça colle, j’ai chaud. Je suis cancer ascendant vierge, je fais des listes de sentiments. J’ai : soulagé / déçu / énervé. Je l’ai beaucoup aimé. Je rassure mes amix, je leur dis c’est à cause de la T. Ça fait 18 mois que je pleure pas, c’est l’âge d’un bébé qui marche. J’apprends à compter. On se voit tous les jours. J’ai appris à aimer ma meute par entassement. Je viens d’une grande famille et d’une petite maison. J’ai jamais dormi seul. Je me suis serré dans les lits, j’ai partagé les serviettes à la plage, j’ai grandi empilé. Je suis petit, j’avais pas trop de place, je rentre bien dans les petits espaces. J’aime mes amix en chien de garde. Je perdrais contre n’importe qui à la bagarre mais je leur dis quand même je protège mon troupeau. On se voit tous les jours. On recopie les enfances qu’on a détestées. On prend la caisse et on va traîner nos culs dans la zone commerciale. On écoute Lana Del Rey sans enceinte, téléphone sur le tableau de bord. J’ai que des amix pédés. On regarde les poissons à l’animalerie, on mange à Burger King pour le goûter. Gabriel me vole de la crème pour le corps à la grande pharmacie. Il achète des strass et des paillettes chez Action, j’ai que des amix pédés.
On a toustes quelque chose qui cloche, des allergies aux acariens un traitement à vie ou des parents perdus. Des parents morts oui mais moi mon père je l’ai vraiment perdu. Je sais pas où il est. Parti acheter des clopes etc. C’est un peu grave et je l’aimais pas beaucoup. Cet été-là on répare, on prend chaque petit couteau dans les peines et on tire un coup sec. On s’entasse. On déjeune ensemble et on se coupe les cheveux. On vérifie le niveau d’eau sous les oreillers, on remplit les frigos, on se fait boire pour pouvoir pleurer. C’est pas la meilleure solution mais j’ai l’alcool mélodrame, je pleure une heure après trois pintes et ça rassure tout le monde. J’écoute mes amix me dire les formules magiques c’est un con / tu mérites mieux. Je suis pas d’accord mais je hoche la tête. On s’est beaucoup aimés. J’ai jamais détesté mes ex. Gabriel me force à regarder Les demoiselles de Rochefort, en échange il me prépare des fraises à la crème. On se surveille. Dans sa vie il a préparé des fraises à la crème uniquement pour son ex-mari. Il a été marié, maintenant il baise avec les trois quarts de la ville (il veut qu’on lui tienne la main). On tient une boutique de vêtements pendant mes jours off. On est payés comme des connards mais on adore jouer à la marchande et les bourgeoises adorent acheter des robes vintage aux deux pédés qui les complimentent plus que leurs maris. Vous savez ce qui vous va. Elles pensent sûrement qu’on s’encule dans la réserve. On est très amis. Il m’emmène acheter des pantalons neufs et trop chers, je lui offre Déloger l’animal et on se fait des clins d’oeil. Cet été il m’apprend à être pédé mais il me dit non pour Grindr. Comme j’en branle pas une au taf, mes amix viennent boire des cafés. Manger des Kinder gratter des Astro voler du PQ draguer mes collègues. On scrolle le sien de Grindr à Gabriel, en cachette devant les client·es bonjour oui c’est par là / lui il est chiant mais il baise bien. Il m’apprend ce que veut dire TBM. Et puis il me dicte des messages à envoyer à mon crush, il me paye des iced coffee double espresso au lait d’avoine, il me dit c’est à 2 ans qu’on commence le rétinol. Il me prend rendez-vous chez la coiffeuse, en privé en pirate c’est son amie qui coupe, parce que faut dire que quand on se coupe les cheveux nous-mêmes c’est pas terrible terrible. Il me force à regarder Les demoiselles de Rochefort, il me fait visiter la maison. Derrière une des infinies portes il y a une boîte pédé. On rentre dans le noir, Gabriel reconnaît quelqu’un, il me regarde, je lui dis oui oui vas-y dans nos clins d’oeil. Il disparaît accompagné, de lui ou d’un autre, au bar ou au sous-sol (on lui tiendra pas la main). Je rentre dans le noir, ça sent la fumée, ça sent le poppers, ça sent les pompiers après les incendies. Il fait plus chaud qu’en pleine ville il fait poisseux collant dégueu, il fait, la goutte qui coule dans la nuque il fait, tee-shirt trempé et doigts qui gonflent. J’ai mes seins qui m’espionnent, j’ai chaud. Il y a, des garçons qui se frottent, des shots à sept balles, de la pisse sur le sol, des filles qui nous adorent, des garçons qui s’en foutent. Un garçon qui se frotte, celui que j’essaye de draguer, qui remue son cul contre toutes les bites qui passent sauf la mienne. La mienne celle en plastique la rose la transparente, la mienne à la maison dans le tiroir à chaussettes. Ce soir je le regarde danser dégoulinant dans la sueur des autres, je l’imagine baiser dégoulinant dans la cuvette des chiottes, il est drogué, un peu salope, si je voulais mon tour j’aurais qu’à faire la queue. Mais moi je suis
cancer, je veux qu’on me courtise alors j’attends, je danse tout seul, je mens à mes amix je leur dis ça fait rien. Mais moi je suis jaloux. J’attends et c’est lui qui vient, là il devient timide, il me tourne autour et il se frotte à rien, il m’attend, il me regarde de loin, il m’amène des verres d’eau et il me demande si ça va. On reste côte à côte. On se surveille. On se cogne un peu les coudes. Je m’accroche de loin à ses yeux presque en veille. On se regarde petits chiens sans faïence assis bien sages, je crois qu’on s’aime bien. On sort de la sueur et des garçons, on referme la porte, on va se perdre dans la maison. Il est 7 heures, on baisera pas ce soir.
Il fait jour, il a les pupilles qui dépassent de ses yeux. On se regarde toujours en périphérie, on est timides. On se tient la main comme des petits garçons, sans les doigts. Cet été-là il me dit je veux t’inviter dans ma chambre. Je suis ni parfait ni parfumé. Moi d’habitude je suis parfait pour les dates. Je suis ascendant vierge, je me lave les cheveux, je frotte bien derrière mes oreilles, je mets des vêtements propres, mon caleçon préféré ou mon caleçon fétiche ça dépend du date, si j’avais un fer je crois que je repasserais mon tee-shirt, je me parfume, brise marine aux sels de whatever, je frotte bien le coin de mes yeux, je me mets au dessus des chiottes et je coupe un peu mes poils, je mets de la crème sur mes bras et sur mes jambes, j’oublie jamais mes coudes, je me brosse les dents sur tout Oblivius ça dure longtemps c’est bien lavé, je serre mes lacets, je me prépare vite mais tout est parfait. Après je dois attendre, je suis prêt en avance parce que je me prépare trop tôt, alors je me dis bon je vais attendre, je peux rien entamer, pas de livre pas de vidéo sur YouTube, c’est trop long je vais être en retard. J’attends, je pars trop tôt parce que j’en ai marre d’attendre, alors je suis en avance et j’attends encore, parfait dans mon tee-shirt presque repassé. Cet été-là il me dit je veux t’inviter dans ma chambre et on est dégoulinants. Sous l’air froid de 7 heures on garde tout à l’intérieur de nos mains, ça sèche, et moi je laisse ma meute dans mon infinie ville.

J’ai pas pris de vacances cette année et me voilà pas très bien
Claire Finch
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J’ai été obsédé*e par la théorie démocratique parce que je pensais que probablement dans ce genre de fiction se trouvait la réponse à la fiction ultime : pourquoi étais-je si déprimé*e face à l’amour ? La fidélité est-elle adéquatement attachée et en relation directe avec la baise ? Comment savoir laquelle, quand ? Je la fixe dans l’oeil de son sexe. Je la pousse sur le sol. Nous étions censées lire ensemble mais oups l’idée que tu puisses passer vingt minutes à lire OU que tu puisses passer vingt minutes à niquer m’a subjuguée. Le moment où nos langues se sont touchées, c’était comme avoir une idée incroyable. La perspective change. Mon coeur bat dans mon estomac. Ses mains sont dans mes cheveux, se nouent à ma nuque, dans Thérèse et Isabelle Violette Leduc écrit je l’imagine en moi, un phallus de chien (bizarre) la partie diabolique grandit et grandit et c’est comme si tu défocalisais tes yeux ; par ici c’est l’intellect, par là c’est l’émotion. Iel me met sur le dos et iel rampe jusqu’à ce que sa chatte soit au-dessus de mon visage. Iel sent la viande et la sueur. Je lèche la couche supérieure. Maintenant, iel ne sent plus rien, mais l’odeur de la sueur est encore collée dans les petits poils, je frotte mon nez contre les poils, j’ouvre la bouche en grand, puis en plus grand. On avait l’habitude de faire des fêtes ensemble, et j’adorais ça parce qu’il me donnait de la drogue et que je ne me sentais jamais assez cool pour m’en trouver moimême. Je voulais enlever ma chemise et juste le toucher avec cet espace nu au bas de mes côtes. Nous avons dit à son frère que ce n’était pas un problème s’il voulait venir dans la chambre le matin. On avait juste prévu de dormir mais dès que la porte s’est refermée, j’ai eu cette sensation qui fait fondre ma chatte alors j’ai mis sa main en moi, trois doigts tout de suite, bref on baise. Une fois qu’il est en train de me baiser, je ne sais même plus où je suis. Je suis sur sa main. Je jouis sur sa main. En même temps, j’appuie fort sur mon clito, utilisant tout ce qui sort de moi comme lubrifiant, je veux que sa main aille si loin qu’elle sorte de ma bouche de l’autre côté. Je suce sa main en la repoussant, je l’ai changée en phallus de chien (bizarre), nu, rouge, elle est arrivée jusqu’à ma gorge quand son frère arrive plus tard bien sûr je suis totalement nu*e et nous sommes dans une mare de cum.
Le voisin se penche pour cueillir les fleurs roses sur de longues tiges. Nous avons passé une bonne partie de la semaine à parler d’argent, de ressources, de notre avenir : être dans une résidence d’artiste peut te faire réfléchir à tout cela. Les hautes herbes ondulent. La littérature expérimentale est moins vendeuse que la poésie ou la fiction. Je rêvais de gagner de l’argent avec des histoires salaces de sexe, mais je n’en trouvais plus. J’invente un personnage qui me baise contre cette clôture en béton qui ressemble à du faux bois de Marfa. Le ciment s’enfonce dans mon estomac. Tout à l’heure, je me suis inspiré*e de Samuel Delaney dans The Mad Man et j’ai rempli mon trou du cul de lubrifiant, comme ça je suis prêt*e à tout. Tu frottes le bout de la bite contre mon trou du cul. Je suis contre la clôture dure et la bite dure : devant moi la vue dégagée ressemble à un fantasme de ranch à chevaux canadien, oui annihile-moi avec ta bite de poney, le lubrifiant dans mon trou du cul trouve son sens existentiel, je pousse en toi en essayant de l’enfoncer plus vite, je me laisse emporter par le fantasme d’un enculage et mon trou du cul panique et se serre, le bout de la bite sort (c’est triste). Je me frotte contre le bout de la bite, je m’astique le clito, je te dis de me dire quelque chose. Je te baiserai si profondément dans le cul que tu vomiras ma bite, Mmmm. Tu dis, je t’enduirai de tellement de crème dans le cul que tu pleureras du sperme pendant des semaines. OK. Quand la bite glisse dedans, c’est d’une chute rapide, la pression se déplace, il y a ce bruit sourd dans mon estomac, le trou du cul se détache de la mémoire, les sphincters se sont transformés pour remplir une nouvelle fonction, mes intestins aspirent ta bite de poney de plus en plus haut. Tu te retires jusqu’à ce que la tête de la bite s’accroche à nouveau puis tu t’enfonces à fond, bien fort, je suis écrasé*e contre la barrière en béton. Maintenant de toutes tes forces tu plantes ta bite dans mon cul, tu m’enfonces dans la barrière, la barrière ne cède pas du tout, mes intestins se transforment en liquide et se plient autour de ta bite de poney qui me martèle. Un papillon noir est à ma gauche puis il est à ma droite. C’est tellement bon que je vais vomir. Je veux que ça dure encore une heure mais je suis trop gourmand*e et mon trou du cul engloutit ta bite et je jouis et mon sphincter ma chatte ma gorge se serrent en rythme je suis comme une bite de bisounours un phare poisseux dans le ventre. Mais tu sais, chaque fois qu’un bisounours jouit, le monde devient un peu plus lumineux.
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J’étais en pleine crise de motivation. J’avais un désir profond. J’avais senti un milliard de phallus fantômes en moi, mais ils ne m’avaient presque jamais fait jouir. Dadstyle deadghost fuck. Quelle déception ! J’avais voulu mieux, je méritais sûrement mieux, j’avais pris l’habitude de hanter les cimetières, certaine que tous les meilleurs fantômes avides étaient trop paresseux pour quitter la proximité : je me suis mise nue contre les socles de pierre, j’ai frotté mon jus de chatte contre les inscriptions, j’ai attendu pendant ce qui m’a semblé être une éternité, j’ai fait des prières à la crasse et toujours rien ne m’a pénétrée. Une performance globalement décevante. On pensait que l’avantage d’être niquée pour l’éternité serait de jouir de temps en temps, mais non, bien sûr,on attend toujours une promesse de dette, en extrapolant sur les possibilités d’émancipation d’un plaisir physique écrasant.
Que je pourrais mourir mille morts et mille autres morts et me réveiller dans une vague de baisance sans fin. Où ma chair colle à ta chair pour qu’il n’y ait ni début, ni fin, ni intérieur, ni extérieur. Comme un ver de terre, je me tortille dans ton intérieur et je t’invite à entrer dans le mien. La lumière coule comme du pus sur les vitres pendant que je te bois et plus encore. Je voulais que tu m’aveugles. Je voulais perdre la tête en toi. Je voulais me retrouver moins qu’un moignon mutant de quelque chose qui était autrefois semblable à un*e humain*e, mais encore une fois, qui veut être humain de toute façon ? Les humains sont tellement stupides et minables et en plus iels acceptent de faire des expositions d’art gratuitement. Mais comme je me sentais désespéré, j’ai moi aussi accepté de le faire gratuitement. et j’ai perdu tous mes principes, et pour me sentir mieux, j’ai fait un tour du côté de tes poils courts, puis j’ai léché l’intérieur de ta cuisse, et je t’ai demandé de m’anéantir. Je voulais me noyer dans ta salive. J’ai léché autour du fond de tes bottes, surtout les parties qui avaient défilé dans la rue de la ville pleine de merde et de vieux mégots écrasés et des restes de la vieille sauce de poisson. La langue peut nettoyer n’importe quoi et le rendre fantastiquement original, je te lèche comme un chaton, je te demande de me défaire, de me décimer.
Mais tu n’es guère suffisant*e, alors je pousse mon visage contre le plastique. Je me frotte à quelque chose de pointu. Mange-moi, mangemoi, je t’aimerai jusqu’à la fin des temps, je te câlinerai comme une peluche de luxe, je t’aimerai comme Mickey Mouse, je t’aimerai comme un autre pays. Emmène-moi où tu veux, dans ton grenier aménagé, je m’ouvrirai volontairement la cuisse sur un ongle croûté et je t’enduirai de mon désir et tu me baiseras comme un chien ou peutêtre un chat et je regarderai les rats faire leur nid dans les combles et le jour se lève sur nous super frais comme du lait. Pourtant, je croyais encore à la politique.
Face à elle, il y avait une normalité assourdissante. Je me suis rhabillée et je suis allée en ville. Nous sommes obscènement heureuses, habillées de façon parfaite, notre maquillage est sublime, la légende le déclare, mes cheveux et mes ongles sont impeccables, nous sommes arrivées au bon moment, nous sommes si à cent pour cent de notre époque, c’est exquis.
Si tu m’avais demandé quelque chose sur la narration, j’aurais sorti quelque chose d’épuisant. J’étais fatiguée avant même d’être née, puis je suis née, et j’étais encore plus fatiguée.
Le langage est aussi limité que le corps. Mais cela dit, sans aucun sens de toute façon, j’avais dramatiquement besoin de sens, dramatiquement besoin de résolution et même si je ne le trouvais pas, je prenais un grand plaisir dans le non-authentique.
Les bourrelets de silicone gonflent la peau tendue autour de mes ajouts alors que tout ce que je veux vraiment, c’est que tu remarques mon artificialité : nous n’avons jamais été rien comme la nature. Je touche mes énormes nichons en silicone. Je flotte sur eux vers le nouveau millénaire.
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Je pensais toujours à la forme. Cela signifie que je voulais mettre n’importe quoi dans ma bouche. Je crois que je me suis vraiment fait mal à la mâchoire en essayant de sucer ta queue en silicone. Voilà ce que c’est que de vieillir.
Pendant des mois, le temps a été humide d’une manière qui n’était absolument pas en phase avec ma réalité physique. Je me sentais coincée, contrainte, il recouvrait ma peau, mais pas de façon épistolaire. Assommée par toute cette humidité, j’ai poussé un cri mouillé :
Ma tête est liquéfiée !!!!!! Je n’ai jamais appris à faire des rimes !!!!!!!!! Mets mes petites lèvres de chatte entre tes grandes lèvres de bouche !!!!!!!!!!! Disons quelque chose de sexy à propos de la grammaire !!!!!!!!!
L’appareil d’oppression sexuelle s’est superposé, n’a pas remplacé. La superposition imagine une simultanéité. Les deux temporalités fonctionnent toujours. Je sens tes deux mains à l’intérieur de moi. Je pleure comme si c’était une autre époque. Mais il y a du soleil sur mon visage alors ça doit être maintenant.
Emmène-moi dans le jardin pour que nous puissions varier nos plaisirs. Je suis certaine que si nous nous y retirons, nous nous sentirons comme de insectes cute, sexy, délimiterons l’intention, sexy, trouverons du plaisir et encore du plaisir, super sexy, tes bords respirant de façon éco contre mon bras.
J’ai abandonné le sexe. C’était très fin des années 70 comme concept. J’avais presque tout oublié. J’avais abandonné une grande partie de mon corps. J’étais devenue très indifférente à l’égard du corps. J’admettais une sorte de matérialité latente nommée corps. J’ai pleuré à nouveau. C’était infernal.
L’été a été chaud mais aussi anormalement humide. Il a plu et il a plu. Nous l’avons déploré. J’attendais que quelque chose m’attrape et me retienne. C’était un truc de style. Lorsque nous nous y sommes assis, j’ai soudain été épuisée. Le sommeil m’a vaincu et j’ai posé ma tête sur tes genoux. J’ai pensé que j’étais peut-être ailleurs. Mais j’étais coincée. Et la nourriture n’était pas bonne. C’était une véritable catastrophe. J’ai essayé de rassembler la force morale nécessaire pour rectifier ma situation. J’ai eu du mal à le faire. Et je crois vraiment que je me suis fait mal à la mâchoire en suçant ta fausse queue ! Mais je crois que j’ai aimé cette mélancolie.
À travers la fenêtre, j’ai vu un ciel qui m’a rappelé quelque chose. Nous l’avons regardé fixement. Quand je te fixais hier soir, j’étais aussi en train de refouler mes idéations suicidaires qui se traduisaient par un étrange liquide qui dégoulinait de mon visage et se répandait sur le tien. Notre sentiment mutuel d’insatisfaction, de déception, de tristesse et de terreur était palpable. C’était presque romantique, quand on pense au nombre d’émotions que nous partagions, simultanément.
Room with a you
etaïnn zwer

cet été je ne suis pas allé e à la mer, je suis devenu pédé, la vue était différente, mais comme d’habitude j’ai beaucoup espéré, on ne sait pas trop si c’est un happy end, en tout cas ça m’a fait un truc, une forme d’incendie sous la langue, et j’ai écrit un poème,
pour raconter
ta chambre, une ville gay ton dos ton agenda politique tes ongles et la fenêtre (cette vue) ouverte je cruise la conversation je visite (en pensée) le quartier de ta bouche me donne un rush sémantique je m’attarde (m’impatiente) allongé e poli e je caresse, par hasard (comme si) la pointe de tes cheveux teints en rose la couleur de l’utopie, tu as dit “une fois je dansais dans un bar lesbien” et je ressens ton appréciation, il y a de l’intimité dans ta manière de partager, je me demande la façon que tu as de (te) toucher, le genre de chansons et le genre de mensonges dont tu as besoin pour te laisser aller (viens) il y a plus de go-go dancers gays que de femmes go-go danseuses dans les clubs aujourd’hui, vrai tournant par rapport aux années 1960 dit Wikipédia, tu n’es pas du genre John Sex je t’imagine bien en tenue de cheerleader pourtant, dans une boîte de nuit vieillotte dans cette rue qui porte-bonheur tu siffles, les yeux la pente de ta mâchoire semblent familières semblent faites d’un cuir tendre et je cherche à me divertir, je veux dire : je suis en quête de (b) romance je veux dire : PRENDS MON COEUR DE VIERGE vigilante et anxieuse je plaisante, enfin non, je me demande comment tu fais tes relations comment tu embrasses sous un arbre en fleurs comment tes frères et soeurs t’accueillent quand vous ne vous êtes pas vus depuis longtemps et, ou plutôt (be honest) : j’aimerais, j’aimerais qu’Eileen Myles raconte nos vies, cette vie particulière de (presque) gouines j’aimerais que l’avenir se glisse dans le moment présent j’aimerais que tu viennes chez moi avec des bières (froides) et de l’audace et de l’amour. c’est l’été c’est (pas) New York je traîne mes sentiments eighties de chambres en langues aux bars en élégies pour des inconnus si quelqu’un dit « échec » une fois de plus, je crie mets ta main par-dessus (ma bouche) peut-être les deux, je suis vaste à cet instant, je sculpte le silence comme une entrée pour nous deux et plus encore, j’avale l’armoire overdosée (un trésor) la poitrine neuve (sa cicatrice qui stripe) le gémissement (signe de terre) cette vue, voici le soleil qui se couche pour le plaisi peut-être que « nuit » est un mot (plus) safe, nos mains (se) rencontrent brièvement la vérité est : vacillante est : magnifique et : je m’échoue dans toi parmi les banderoles de manifestations et la lave je lance une prière, pour cette chambre qui contient tant d’attitudes et toute cette faim et des fées aussi (horny) (chasseuses), et toi, une petite prière, laisse-moi laisse-moi s’il te plaît, laisse moi entrer (voir) laisse-moi me transformer en moi-même laisse-moi te défaire comme des amix, comme des mondes qui s’effondrent, comme des corps qui réclament une prière : i want to i want to talk i want to talk like faggots do

La pistache
Ines Dobelle
Il y a plusieurs mois, une maître-nageuse nommée Simone m’avait parlé du solarium caché derrière la pataugeoire, au bout du bassin nordique, comme d’un endroit où l’on pouvait se rendre pour se regarder et se toucher entre les heures creuses de fréquentation.
J’ai guetté une première fois le lieu depuis la ligne du fond mais n’ai rien vu si ce n’est un homme d’âge mur, une frite verte sous le bras assortie à la couleur de son slip de bain. J’en ai parlé à Simone qui m’a dit qu’il fallait nager sous le toboggan après le dernier virage.
« C’est pas un peu risqué ? » demandai-je.
« T’as tout compris » elle a dit.
Une semaine plus tard j’y suis retournée. J’ai plongé dans l’eau et en quelques brasses je suis passée de l’autre côté du tube bleu en PRV. En remontant à la surface j’ai découvert une oasis peuplée d’une dizaine de créatures, nues pour la plupart, et qui offraient leurs courbes au soleil en s’huilant mutuellement le corps d' une couche photosensible révélant leurs zones érogènes. Je suis restée plusieurs minutes à regarder ce panorama jusqu’à ce que le car scolaire nous chasse de ce paradis.
Un jour ou deux après cet événement, j’avais prévu de m’arrêter d’écrire en fin d’après-midi mais une averse se transformant en une pluie d’été torrentielle m’a poussée à transcrire mes impressions sur mon ordi, si bien que lorsque je me suis posée pour une sieste en début de soirée, j’eus des doutes sur mes perceptions.
Je me suis réveillée tôt, chaude, alerte. J’ai glissé hors du lit et chaussé mes pantoufles. Je me suis demandé quelle heure il pouvait bien être. Je n’avais pas du tout envie de me rendormir, alors j’ai enfilé un jean, mis mon maillot et ma serviette dans mon sac de sport et suis sortie. J’ai traversé la route en direction de la piscine. À cette heure-ci il n’y avait pas foule. Je me suis empressée de mettre mon deux pièces cent pour cent polyamide et j’ai sauté l’étape de la douche pour aller directement piquer une tête dans le bassin. Après dix longueurs, j’ai parcouru en apnée le même chemin pour rejoindre cet endroit qui avait hanté mes rêves la veille. Un espace libidinal impossible à décrire à quelqu’un·e qui ne l’a pas connu.
Ce qui se cachait derrière les palmiers était extrêmement organisé. L’attention était ancrée dans la précision des gestes. Une main passait d’une omoplate à l’autre à une raie à un pied à une fente à un pli à un trou à une main encore sans jamais couper le contact avec une chair autre plus de quelques secondes ; raie, main, trou s’enchaînaient sans interstice. Quand un membre s’en allait, il suffisait de pivoter la tête, les hanches ou les pieds d’un centimètre ou deux à peine pour trouver un substitut – gorge, lèvres, fente. L’huile glissait entre les organismes sans discontinuité et agissait tel un catalyseur. Elle irradiait en un halo coloré certaines parties du corps pour mieux les exposer. Ce matin-là, parce qu’il était tôt et qu’on était hors vacances scolaires l’activité augmenta.
C’était captivant, sensuel et fatiguant à regarder. Sur une chaise longue se tenait une créature sans âge à la peau mate. Elle portait un collier en or à son cou relié à une gaine qui faisait le tour de son bassin généreux. Elle ressemblait à la Vénus d’Urbin. Elle a vu que je la regardais et m’a fait signe de venir plus près. Je me suis approchée et elle m’a invitée à m’allonger à côté d’elle puis elle a pris le flacon d’huile photosensible et s’en ai versée dans le creux de la main. Elle m’a fait un sourire et m’a massée. La chaleur de ses paumes sur mon corps s’enfonçait, pénétrait, se retirait, s’enfonçait à nouveau. Entre les lattes du transat, j’ai observé nos ombres fusionner en abstraction synesthésique. Je me sentais très bien et exténuée.
Plus tard quand je me suis relevée, j’ai vu assis sous un palmier une personne en bikini avec un t-shirt en résille, d' une trentaine d' années, que j’avais déjà aperçu la première fois, mais qui ne semblait jamais faire autre chose que de s’éventer avec un magazine plié, l’air gai.
En partant j’ai regardé les faisceaux de lumière émanant des chairs se réverbérer dans l’eau céruléenne du bassin. Le chlore avait changé d’odeur.

Colophon
Relecture par Louise Pachurka.
Illustré par Cécile Iaciancio.
Publié sous licence CC BY-NC-SA.
Version imprimée
Une version papier de C’est les vacances, n° 2, imprimée en sur Constellation Snow E07 Martellata 280 g/m², Holmen Book Extra Blanc 80 g/m² en 800 exemplaires par Corlet Imprimeur (ZI, rue Maximilien Vox, 14110 Condé-en-Normandie), reliée en dos carré collé, et distribuée par Paon Serendip est parue en juin 2024 avec l’ISBN suivant : 978-2-49353-406-4.
Cette version a été composée par Aurélie Massa en Baskervvol, Homoneta,Wremena, The Temporary State et Fenouil.
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