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Full~Times, pour une esthétique par défaut, inclusive et post-binaire

Ce projet, initié en 2024 au Luxembourg au Musée d’Art Contemporain du Luxembourg, avait pour but d’étendre le jeu de glyphes de la FreeSerif , une police de caractères graphiquement très proche de la Times, en lui ajoutant 92 nouveaux glyphes inclusifs et post-binaires. La FreeSerif est la police de caractères avec empattements du projet GNU FreeFont, une famille typographique libre dont l’objectif est de fournir une série de caractères couvrant un maximum des entrées du jeu universel de caractères.

Cette nouvelle police de caractères, que nous avons décidée de nommer la Full~Times, est à présent éditée et distribuée par nos soins sous licence libre GPLv3+FE, depuis le 1er janvier 2026. Les fichiers peuvent être téléchargés librement sur un dépôt Gitlab selon les Conditions d’Utilisation Typographiques Engageantes (CUTE).

Le dessin de la Full~Times a été rendu possible grâce à l’aide du Centre national des arts plastique et nous remercions tout particulièrement Charlotte Vicari pour son accompagnement, ainsi que Roman Seban et François Aubart pour leurs conseils.

Deux temps

Dans un premier temps, la Full~Times a rejoint l’identité graphique des éditions Burn~Août, en particulier dans la nouvelle version de notre site internet, que nous venons tout juste de mettre en ligne, ainsi que dans la refonte des maquettes des ouvrages de notre catalogue.

Dans un second temps — et surtout ! —, ce projet donne accès à une variation inclusive et post-binaire de la Times à chaque personne souhaitant l’utiliser. Nous avons aussi corrigé quelques problèmes présents dans la FreeSerif, et avons amélioré et modernisé son installation.

Si un jour les glyphes inclusifs devenaient la norme, ceux de la Full~Times seraient déjà prêts à être intégrés et pourraient ainsi rejoindre l’encodage de la FreeSerif, et pourraient être ainsi être intégrées aux centaines de milliers de sites webs, d’applications et autres projets utilisant ce caractère.

Origines et objectifs

En janvier 2024, nous avons été convié·es à participer à l’exposition « The Collective Laboratory » du Musée d’Art Contemporain du Luxembourg (Mudam), un projet curaté par Line Ajan et Clémentine Proby. Cette exposition avait pour but de transformer les salles dʼexposition en espaces de résidence pour des collectifs d’artistes. Nous nous sommes saisi·es de cette opportunité pour entamer la refonte de notre site internet et de notre identité visuelle numérique. Dans ce même geste, nous en avons aussi profité pour poser les fondations de notre plateforme de publication multiformat libre qui nous permet actuellement de publier nos livres en accès libre sur notre site aux formats web et PDF.

En effet, depuis trois ans, nous avons entamé aux éditions Burn~Août une réflexion technique et esthétique sur nos outils dans le but de nous émanciper des entreprises exerçant un pouvoir hégémonique sur nos manières de travailler. Notre réponse face à ces entreprises est double :

  • Progressivement nous passer des logiciels propriétaires que nous utilisons dans notre pratique quotidienne au profit de logiciels libres.

  • Développer nos propres outils et contribuer à un effort collectif d’émancipation en les publiant sous des licences libres.

Nous menons ces projets pour une seule et même raison, cette même raison qui nous oblige à diffuser librement nos textes. Nous souhaitons permettre autant que possible la circulation des idées que nous trouvons nécessaire et dont il nous semble quʼil est important de faire connaître au plus grand nombre, et ce, indépendamment des conditions d’accès de leur lectorat, qu’elles soient économiques, physiques, matérielles ou géographiques.

Débinariser l’esthétique par défaut

En travaillant à la conception de notre nouveau site web avec la complicité de la graphiste et typographe Amélie Dumont, une impasse s’est imposée à nous. Attaché·es à l’esthétique par défaut, nous souhaitions intégrer la Times New Roman à notre futur site, mais ni la Times ni aucune de ses variations n’intégraient de glyphes post-binaires, et cette dernière est diffusée sous une licence propriétaire. Dans la mesure où nos publications intègrent une réflexion éditoriale sur les graphies inclusives afin de donner une place dans la langue à toute la diversité des genres, il n’était pas concevable pour nous d’avoir à effectuer des compromis en ayant recours à des polices de caractères ne disposant pas de glyphes inclusifs et post-binaires.

Cette proposition de dessin de caractères répond à un besoin : elle comble ce manque face auquel nous nous trouvons. En étendant le jeu de caractères de cette police proche de la Times, la police affichée par défaut par la majorité des navigateurs internet, nous posons une affirmation forte : l’esthétique par défaut doit être inclusive.

Usage de la Full~Times

Comment indiqué avant, l’usage répond aussi à un ensemble de conditions (les CUTE, imaginées par la collective ByeByeBinary et dont nous reprenons des extraits ici) que nous vous invitons à consulter avant toute utilisation. Elles impliquent notamment le versement de dons, dont voici une partie du détail :

  • En situation de précarité : Participez à la hauteur des moyens du projet, gardez votre argent si c’est un frein.

  • Soutien à la lutte et la recherche : entre 10 et 50 €

  • Commande pour une association : entre 50 et 150 €

  • Commande pour une entreprise commerciale locale : entre 50 et 500 €

  • Commande pour une structure culturelle : entre 300 et 1 000 €

  • etc.

Ces dons sont reversés à moitié à Amélie Dumont, et à moitié à Burn~Août. Ils sont à effectuer sur notre compte PayPal.

Pensez à bien sélectionner « Paiement entre proches » sinon PayPal prendra une commission sur votre don. Si vous avez besoin d’une pièce comptable, envoyez-nous un mail à burnaout@riseup.net.

Processus de travail par Amélie Dumont, extrait de la documentation du projet

« Comme les ligatures inclusives sont des caractères dessinés depuis peu, il n'y a pas (encore) de standard en la matière et le.a designer typographique peut proposer des formes plus ou moins expérimentales. Dans un premier temps, j'ai cherché plusieurs principes de connexion des lettres entre elles. La décision de s'orienter vers la piste de ligatures au sens plus classique (connecter avec des filets les différentes lettres de la ligature) a été prise car les glyphes fusionnés (faire une ligature en condensant plusieurs lettres ensemble, sans espace) posaient des problèmes de lisibilité. La Free Serif a un fort contraste entre pleins et déliés ce qui demande déjà plus d'efforts pour la lire, et étant donné que la Full~Times était destinée à être utilisée pour du texte courant, le choix de faire des ligatures de façon plus classique semblait meilleur pour la lisibilité. Au cours de ces recherches, les textes suivants m'ont inspirée :
  • Écriture inclusive : obstacle infranchissable pour les personnes dys? Synthèse d’une étude de lisibilité

  • Pour enfin faire rimer inclusivité et accessibilité. Recommandations pour les dessinateurices de caractères face à l’argument de l’illisibilité

  • De nouvelles formes typographiques pour s’affranchir de la binarité de genre par l’écriture. Étude de cas

    J'ai donc décidé de conserver les espaces entre les lettres des ligatures, et d'explorer par quels moyens connecter les lettres entre elles. Ce qui me semblait fonctionner le mieux (ne créait pas de glyphes trop denses et cassait moins le rythme de lecture) était d'étirer les terminaisons existantes des lettres afin de les lier entre elles de manière plus fluide.
    J'ai commencé par développer les versions regular et italique en parallèle car je voulais garder une cohérence entre les deux versions, tout en exploitant les particularités de leurs dessins. Par exemple les terminaisons ds minuscules en italique m'ont inspirée pour certaines ligatures de la version regular ("ote", "te", "tte", "ette") avec lesquelles je n'arrivais pas à trouver de solution satisfaisante. Les versions Bold et Bold Italique viennent dans un second temps.
    Après avoir utilisé Inkscape comme bac à sable pour tester de nombreuses façons de faire mes ligatures, je suis allée ouvrir dans Fontforge le fichier source de la Free Serif pour commencer à en faire la Full~Times. J'ai alors travaillé à rendre régulières les ligatures, et je les ai normalisées en travaillant avec des modules recopiés dans touts les ligatures utilisant les mêmes terminaisons.
    J'ai cherché à créer des ligatures pas trop denses, qui ne couperaient le moins possible le rythme de lecture et ne rompraient pas le gris typographique. J'ai fait le choix de courbes pour les filets de ligatures afin d'avoir un aspect fluide et organique.»

Prolongement travaux et suite

À ce jour, nous prolongeons cette réflexion autour de la Full~Times, en initiant le dessin d’un nouveau caractère, le Full~Sans, basé sur le même principe : étendre le jeu de glyphes de la FreeSans, une police de caractères graphiquement très proche de la Helvetica, en lui ajoutant 92 nouveaux glyphes inclusifs et post-binaires afin de ne pas être limité·es au seul usage d’un caractère avec empattement.

Nous nous associons cette fois-ci avec deux typographes : Quentin Juhel et Mariel Nils, toustes les deux membres actif·ves de la fonderie typographique libre Velvetyne qui fête aujourd’hui 15 ans et œuvre pour la création et la diffusion de caractères sous licence libre.

Nous nous réjouissons d’avance de tout ça !